Boeing s’empare des avions commerciaux d’Embraer

Embraer est un des joyaux industriels du Brésil avec non seulement une gamme d’avions civils et militaires, mais encore de jets d’affaires.
Photo: Alan Wilson Embraer est un des joyaux industriels du Brésil avec non seulement une gamme d’avions civils et militaires, mais encore de jets d’affaires.

Le constructeur aéronautique américain Boeing va mettre la main sur la totalité des activités civiles de l’avionneur brésilien Embraer pour 3,8 milliards $US, une opération qui lui permettra de concurrencer son rival européen Airbus dans le segment des avions régionaux.

Concrètement, Boeing et Embraer ont annoncé jeudi la signature d’un protocole d’accord pour créer une coentreprise, contrôlée à 80 % par l’américain et à 20 % par le brésilien, chapeautant « la totalité des activités d’Embraer dans les domaines de l’aviation commerciale », qui sont valorisées à 4,75 milliards de dollars. Cet accord, qualifié de « partenariat », va permettre à Boeing de compléter son offre en intégrant les avions de ligne régionaux de 70 à 150 sièges d’Embraer (ERJ et E2). Cette nouvelle société intégrera en outre les services du constructeur aéronautique brésilien et les activités de développement, de production, de commercialisation et de services après-vente de Boeing, précisent les deux avionneurs dans un communiqué commun.

Cette annonce survient quelques jours après l’entrée en vigueur du partenariat entre Airbus et Bombardier qui a permis à l’européen de prendre le contrôle du programme CSeries, concurrent de celui d’Embraer.

Le protocole d’accord entre les avionneurs américain et brésilien doit néanmoins encore obtenir le feu vert de l’État brésilien, qui dispose d’un droit de veto sur les décisions stratégiques pour l’avenir de son fleuron industriel. Une fois finalisée, cette coentreprise « vouée à l’aviation commerciale » sera dirigée par une équipe « basée au Brésil, avec à sa tête un président et un directeur général », ont-ils poursuivi. La nouvelle entité sera par ailleurs directement rattachée à Dennis Muilenburg, le p.-d.g. de Boeing.

Troisième avionneur mondial avec un chiffre d’affaires de près de 6 milliards de dollars et 16 000 employés, Embraer, privatisé en 1994, est un des joyaux industriels du Brésil avec non seulement une gamme d’avions civils et militaires, mais encore de jets d’affaires.

Au Brésil, lors des discussions préliminaires, des voix s’étaient élevées pour qu’un tel accord n’inclue pas les activités militaires d’Embraer. Dans ce domaine, Boeing et Embraer ont annoncé qu’ils étaient convenus de créer une « autre coentreprise pour promouvoir et développer de nouveaux marchés et de nouvelles applications pour les produits et services de défense, et tout particulièrement l’avion multimissions KC-390 ».

Pour Embraer, l’opération permettra de bénéficier de la force de frappe commerciale de Boeing. Le communiqué précise par ailleurs que cette opération devrait améliorer le bénéfice par action de Boeing à partir de 2020 et générer des économies de coûts avant impôts d’environ 150 millions de dollars d’ici la troisième année.


Turbulences pour Bombardier?

Le partenariat que Boeing et Embraer ont l’intention de conclure risque d’accroître la pression sur les avions régionaux construits par Bombardier. Selon le directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’UQAM, Mehran Ebrahimi, le ciel pourrait devenir plus turbulent pour des appareils régionaux comme le CRJ et le Q400 étant donné qu’Embraer sera épaulée par Boeing. Toutefois, Ernie Arvai, de la firme AirInsight, croit que Bombardier peut tirer son épingle du jeu tant que la clause limitant la taille des avions régionaux demeure en vigueur aux États-Unis. À son avis, cela procure notamment un avantage aux CRJ 700 et 900 par rapport aux E175 E2 d’Embraer. Bien que Boeing constitue un partenaire aux reins solides, M. Arvai estime que le géant américain n’est pas aussi agile que Bombardier dans le marché des appareils régionaux. Quant à lui, Richard Aboulafia, de la firme américaine Teal Groupe, estime qu’une alliance entre Boeing et Embraer viendra rétablir l’équilibre à la suite d’une transaction ayant permis à la CSeries de devenir beaucoup plus concurrentielle.