L’OCDE fait l’éloge du syndicalisme

Avec le recul du syndicalisme, la stagnation de la rémunération frappe davantage les bas salaires, selon le rapport de l'OCDE.
Photo: Eric Cabanis Agence France-Presse Avec le recul du syndicalisme, la stagnation de la rémunération frappe davantage les bas salaires, selon le rapport de l'OCDE.

L’emploi va très bien dans les pays de l’OCDE, mais les salaires ne suivent pas. La stagnation est sans précédent, nous dit l’organisation. Le fait qu’elle frappe davantage les bas salaires et qu’elle épargne les 1 % les mieux rémunérés n’est pas sans renforcer la corrélation avec le recul du syndicalisme, peut-on notamment lire dans le rapport, qui poursuit ainsi une réflexion déjà amorcée par le FMI.

L’édition 2018 des Perspectives de l’emploi de l’OCDE compte quelque 300 pages, dont une cinquantaine consacrées à l’apport des systèmes de négociation collective à la croissance inclusive, véritable mantra de l’Organisation. Ces systèmes, « lorsqu’ils s’accompagnent de partenaires sociaux puissants et indépendants et d’organes de médiation efficaces, sont associés à des taux d’emploi élevés, un environnement de travail de meilleure qualité (offrant notamment de plus grandes possibilités de formation), et une plus grande résilience du marché du travail face aux chocs », peut-on lire. Mieux, ils contribuent à un chômage plus faible, à une meilleure intégration des groupes vulnérables et à une réduction des inégalités.

Ces nuances étant, l’Organisation de coopération et de développement économiques n’est pas sans rappeler que, depuis le milieu des années 1980, les effectifs syndicaux ont fondu de moitié dans les pays de la zone. Le recul de la couverture par une convention collective a été à peine moins prononcé. Aussi, pour nombre de pays membres, l’absence d’une telle couverture concerne plus de la moitié des travailleurs. Là où elle est élevée, elle est menacée par des enjeux liés à la concurrence internationale et au changement technologique.

Parallèlement, la croissance des salaires reste beaucoup plus morose qu’avant la crise financière, ajoute-t-elle. « Fin 2017, la croissance des salaires nominaux dans la zone OCDE était en effet inférieure de moitié à ce qu’elle était 10 ans auparavant […] Ce qui est plus inquiétant encore, c’est que la stagnation des salaires touche beaucoup plus les travailleurs faiblement rémunérés. » Et que « ces dernières années, les revenus du travail réels des 1 % les mieux rémunérés ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des travailleurs à temps plein médians, accentuant une tendance déjà bien installée ».

En mai dernier, l’OCDE joignait sa voix à celle de l’Organisation internationale du travail pour déplorer le recul accentué du syndicalisme et pour rappeler que les économies misant sur un dialogue à trois (syndicats, associations patronales et gouvernements) faisaient mieux en matière d’inclusion, de partage de la richesse, de performance financière des entreprises et de confiance des populations dans leurs gouvernements.

Le mois suivant, elle retenait que la reprise économique s’appuie en grande partie sur une hausse de l’emploi dans de nombreux pays, la majorité des nouveaux emplois étant cependant créés dans des secteurs peu productifs. « L’augmentation du nombre d’emplois peu productifs se traduit aussi par des salaires relativement bas, qui à leur tour pèsent sur les salaires moyens à l’échelle de l’économie dans son ensemble. »

En 2015, le Fonds monétaire international allait plus loin que la corrélation pour établir un lien de causalité entre l’érosion du syndicalisme et le creusement des inégalités, voire l’augmentation de la part des revenus en haut de la distribution. Les deux auteures, des économistes au Département des études du FMI, ont évoqué la dispersion des salaires, soutenant que le syndicalisme et les salaires minimums contribuent « à égaliser la distribution des salaires ».

Florence Jaumotte et Carolina Osorio Buitron se sont inscrites en faux contre l’affirmation voulant que le dynamisme syndical et des salaires minimums plus élevés soient créateurs de chômage. « Cette hypothèse n’est guère corroborée par les données empiriques […] Seulement 3 des 17 études examinées par l’OCDE indiquent un lien robuste entre la densité syndicale (ou la couverture des négociations) et un chômage global plus élevé. »

Et les auteures de souligner : « Les syndicats ont largement contribué à promouvoir les droits des travailleurs et les droits sociaux fondamentaux. Leur affaiblissement peut se solder par une moindre redistribution et une plus grande inégalité des revenus nets (après impôts et transferts). » Sans compter une réduction du pouvoir de négociation des salariés face aux détenteurs du capital.