Philippe Couillard dit ne pas s’inquiéter des propos de Donald Trump sur l’ALENA

Philippe Couillard a dit avoir appris «à ne pas faire d’analyse fine» des propos de M. Trump, parce qu'ils peuvent «changer d’un jour à l’autre».
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Philippe Couillard a dit avoir appris «à ne pas faire d’analyse fine» des propos de M. Trump, parce qu'ils peuvent «changer d’un jour à l’autre».

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ne semble pas s’alarmer outre mesure des propos de Donald Trump, qui a récemment affirmé qu’il était peu pressé de signer un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, cet automne.

Lors d’une mêlée de presse à l’Assemblée nationale, mardi après-midi, M. Couillard a dit avoir appris « à ne pas faire d’analyse fine » des propos de M. Trump, « parce que ça peut changer d’un jour à l’autre, parfois dans la même journée, d’une semaine à l’autre ».

« Je crois que tout le monde, dans le domaine économique aux États-Unis, les gouverneurs qu’on rencontre, les membres du Congrès, savent qu’il faut renouveler, moderniser l’ALENA, mais qu’il faut surtout le conserver, conserver cet immense espace économique nord-américain. Là-dessus, je pense qu’il y a un consensus très large. Mais faire de l’analyse fine des propos du président tous les jours, il y en aurait pour longtemps », a-t-il lancé.

De son côté, le gouvernement fédéral s’attend toujours à ce que les négociations de l’ALENA s’accélèrent cet été, malgré le manque d’empressement du président Trump.

Maintenant que le nouveau président du Mexique a été élu, Ottawa espère reprendre les pourparlers dès que possible, a indiqué un représentant du gouvernement canadien au courant des discussions, même si M. Trump affirme qu’il ne signera pas un nouvel accord avant que les électeurs américains ne se rendent aux urnes en novembre.

Cette stratégie de M. Trump n’a pas surpris outre mesure le négociateur en chef pour le Québec dans le cadre de la renégociation, Raymond Bachand. « Je ne suis pas surpris, parce qu’il va être obligé de faire des concessions, alors il préfère faire des concessions après les élections plutôt que d’avoir l’air faible par les concessions qu’il pourrait donner », a-t-il avancé.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit avoir discuté six fois avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, la semaine dernière et elle s’attend à ce que les négociations de l’ALENA passent à la vitesse supérieure cet été.

Nouveau président mexicain

Le président mexicain élu, Andrés Manuel López Obrador — dit AMLO —, s’est lui aussi dit favorable à la renégociation de l’ALENA et souhaite que sa propre équipe d’experts participe aux négociations avant son entrée en fonction, le 1er décembre.

Le fonctionnaire canadien, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat parce qu’il n’était pas autorisé à discuter publiquement du dossier, a indiqué que, jusqu’à l’arrivée en poste de M. López Obrador, les membres de l’actuel gouvernement mexicain continueront à être les principaux négociateurs pour l’ALENA.

Raymond Bachand croit toutefois que M. López Obrador voudra aussi avoir ses propres négociateurs pendant la transition. « Il va mettre, évidemment, ses propres négociateurs pour accompagner les autres jusqu’à la transition. Il va prendre la présidence au 1er décembre, alors peut-être que ça va ralentir le processus, aussi. »

M. Bachand croit aussi que le nouveau président est « probablement plus favorable aux droits des travailleurs, donc à une augmentation du salaire minimum au Mexique, ce qui peut favoriser une entente avec les Américains ».

Le premier ministre Couillard se réjouit de son côté des premières déclarations du nouveau président au sujet de l’accord, qui signalent, selon lui, une volonté de conserver un accord à trois.

« Je dirais que ça éloigne davantage, ce qui est une bonne chose, l’idée de briser l’accord à trois et de faire des accords bilatéraux. Je pense que ce n’est plus vraiment à l’horizon. Je pense que tout le monde comprend qu’il va falloir un accord à trois. Ses déclarations initiales ont été plutôt positives, dans le sens qu’il désire participer à la négociation avec son équipe et désire que l’accord soit renouvelé, ce qui est positif également », a-t-il analysé.

Lundi, le premier ministre Justin Trudeau a discuté avec M. López Obrador par téléphone, et les deux ont évoqué « la relation économique et commerciale avantageuse pour les deux pays et la priorité qu’ils ont en commun d’actualiser l’Accord de libre-échange nord-américain de manière à améliorer la vie de leur population », a indiqué le bureau de M. Trudeau dans un communiqué.

Dans un entretien diffusé dimanche sur le réseau Fox News, M. Trump a déclaré qu’il pourrait rapidement signer un accord révisé avec le Canada et le Mexique, mais qu’il voulait plutôt obtenir un meilleur accord pour les États-Unis. Interrogé sur le calendrier d’un accord, M. Trump a affirmé : « Je veux attendre après les élections. »