Tarifs: Ottawa prévoit une aide ciblée pour les secteurs touchés

La ministre Chrystia Freeland a annoncé ces mesures à l’usine Stelco à Hamilton.
Photo: Peter Power La Presse canadienne La ministre Chrystia Freeland a annoncé ces mesures à l’usine Stelco à Hamilton.

Deux milliards. Voilà l’ampleur de l’appui financier que le gouvernement Trudeau s’engage à offrir aux secteurs de l’acier et de l’aluminium pour que les entreprises et les travailleurs puissent survivre à la tempête des droits tarifaires imposés par Washington.

Le plan annoncé par Ottawa, à quelques jours de l’entrée en vigueur des représailles canadiennes sur des produits notamment issus des États où Donald Trump est populaire, prévoit des sommes qui aideront les entreprises à développer de nouveaux marchés et appuieront les employés potentiellement touchés par le conflit. Tant dans le secteur de l’acier que dans celui de l’aluminium, les mesures fédérales ont été très bien reçues.

« Nous ne provoquerons pas d’escalade et nous ne reculerons pas », a dit la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lors d’une conférence de presse avec son homologue au Développement économique, Navdeep Bains, dans une usine de Stelco à Hamilton. « Il y a trop de choses qui sont en jeu, a dit M. Bains. Les industries de l’acier et de l’aluminium sont très importantes pour notre économie. »

Le secteur de l’aluminium, très largement concentré au Québec, comptait l’an dernier plus de 10 000 travailleurs avec une contribution de 4,7 milliards au produit intérieur brut. Environ 60 % de la capacité nord-américaine se trouve au Québec, dans huit alumineries exploitées par Alcoa, Rio Tinto et Alouette. De son côté, l’industrie de l’acier représente 23 000 travailleurs, pour un impact de 4,2 milliards sur le PIB également.

Le plan d’Ottawa annoncé vendredi met à contribution la Banque de développement du Canada, qui pourrait offrir 800 millions sur deux ans en financement commercial pour les entreprises qui souhaiteront investir et redoubler d’effort sur l’exportation. Il mise aussi sur Exportation et développement Canada (EDC), dont l’aide attendue sous forme de financement et d’assurances atteindrait 900 millions sur la même période.

Le gouvernement entend aussi prolonger la durée maximale des accords de travail partagé afin de la faire passer de 38 à 76 semaines. Cette mesure représente une dépense de 25 millions sur quatre ans. Par ailleurs, la formation des travailleurs recevra une injection de 50 millions sur deux ans.

« Ce qui est important, c’est la préservation de l’écosystème complet au Canada, pour s’assurer que tous les acteurs de l’industrie puissent passer à travers cette crise sans perdre de morceaux dans la mesure du possible », a dit Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC).

L’imposition de tarifs sur l’aluminium canadien à la frontière américaine, à hauteur de 10 %, peut causer problème si l’acheteur demande à son fournisseur québécois de l’absorber, a dit M. Simard. Il peut en résulter la différence entre un profit et une perte. Québec a agi vite et Ottawa vient apporter un complément « et ajouter », dit-il.

« Nous ne sommes pas dans des scénarios de fermetures ou de mises à pied », a ajouté le président de l’AAC. Il souhaite toutefois que l’ensemble des mesures mises en place soit facile d’accès pour les entreprises qui essaieront de s’en prévaloir.

Ce qui est important, c’est la préservation de l’écosystème complet au Canada, pour s’assurer que tous les acteurs de l’industrie peuvent passer à travers cette crise sans perdre de morceaux dans la mesure du possible

Les mesures rappellent celles mises en place l’an dernier lorsque Washington a imposé des droits sur les importations de bois d’oeuvre en sol américain. Ottawa avait alors emboîté le pas au gouvernement du Québec en annonçant une aide de 867 millions sur trois ans. Les deux tiers de cette somme prévoyaient des prêts et des garanties de prêts, alors que le reste s’articulait autour d’un appui à la diversification des produits et d’une prolongation de la durée des accords de travail partagé pour amortir le choc dans les usines.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a répété que « l’imposition par les États-Unis de droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens constitue une mesure protectionniste et illégale aux termes des règles de l’OMC et de l’ALENA » et que le Canada n’a d’autre choix que de répondre « avec fermeté ».

Washington avait l’intention d’exempter le Canada, le Mexique et l’Union européenne de ses tarifs sur l’acier et l’aluminium, qui visent la Chine, mais il a changé d’idée le mois dernier. Ottawa a rapidement réagi en annonçant des mesures de représailles sur des produits totalisant 16,6 milliards, dont l’acier et l’aluminium, mais aussi le chocolat, le ketchup, les whiskies, la pizza et le café. La liste définitive a été publiée vendredi matin.