La récession du président des États-Unis, Donald Trump

La politique commerciale «quelque peu hasardeuse» du président Donald Trump vient menacer à Wall Street un cycle haussier rendu à sa dixième année, alimenté par la progression des bénéfices des entreprises.
Photo: Evan Vucci Associated Press La politique commerciale «quelque peu hasardeuse» du président Donald Trump vient menacer à Wall Street un cycle haussier rendu à sa dixième année, alimenté par la progression des bénéfices des entreprises.

Les tensions commerciales montantes sont devenues la principale inquiétude de la Banque du Canada, le risque numéro un pour la valorisation boursière selon Wall Street. Et alors que la grande majorité des décisions économiques et financières reposent sur les anticipations, le Conseil européen appelle désormais tous les pays de l’Union à retenir les scénarios du pire face aux États-Unis. Une certitude s’impose dans cet océan d’incertitudes : la récession du président gagne en probabilités.

La puissance du symbole fait son oeuvre. On le voit par ces menaces verbales acharnées d’un Donald Trump irrité par la décision de Harley-Davidson de délocaliser une partie de sa production afin de protéger son deuxième marché en importance. Daimler avait ouvert le bal en devenant la première multinationale à se poser en victime de la guerre commerciale entre les deux plus grandes puissances économiques, craignant pour les exportations vers la Chine de ses Mercedes fabriquées aux États-Unis. Puis Volvo, sous influence chinoise, qui envisage de devoir renoncer à pourvoir les 4000 emplois prévus pour sa nouvelle chaîne de montage en Caroline du Sud.

Or, si l’impact de l’imposition de tarifs douaniers et de sanctions commerciales est mathématiquement mesurable, il est on ne peut plus difficile de chiffrer a priori les conséquences de l’incertitude et des anticipations, les intentions des grands agents économiques ne donnant qu’un aperçu de leurs actions réelles. Ce faisant, mercredi, dans une allocution devant la Chambre de commerce du Grand Victoria, le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a élevé l’escalade des tensions commerciales au sommet de sa liste des considérants pour sa prochaine fixation du taux d’intérêt directeur. Outre-Atlantique, le Conseil européen a donné le ton au sommet de deux jours s’amorçant à Bruxelles en invitant les chefs de gouvernement et d’État « à préparer notre Union aux pires scénarios » avec Washington.

Perte de dynamisme

Il est désormais reconnu que la perte attendue du dynamisme de l’économie américaine devrait se manifester plus tôt. Et le risque d’une récession au cours des deux prochaines années est élevé de quelques crans. Dans son enquête annuelle menée cette année auprès de plus de 110 économistes, l’agence Reuters en fait sa grande conclusion. Le PIB américain devrait croître autour de 3 % en 2018, propulsé par une forte poussée au premier semestre. Mais ce serait un sommet, l’effet de la stimulation venant de l’assouplissement fiscal et de la relance budgétaire s’effaçant sous la montée du protectionnisme américain. La probabilité médiane d’une récession au cours des deux prochaines années atteint les 35 %, avec un intervalle de prévisions variant entre 15 et 75 %.

Reuters cite une analyse de Bank of America Merrill Lynch empruntant le modèle dynamique d’équilibre général de la Réserve fédérale (Fed). « Nos calculs semblent indiquer qu’une guerre commerciale majeure conduirait à une réduction significative de la croissance. Une dégradation de la confiance et des perturbations dans la chaîne logistique pourraient amplifier le choc commercial, conduisant à une récession pure et simple », a soutenu l’institution financière.

Marché d’anticipation par excellence, Wall Street situe désormais les tensions commerciales au rang de risque numéro un pour les valorisations boursières, détrônant le resserrement monétaire pratiqué par la Fed. La politique commerciale « quelque peu hasardeuse » du président vient menacer un cycle haussier rendu à sa dixième année, alimenté par la progression des bénéfices des entreprises.

Le 3 mai dernier, plus de 1100 économistes américains, dont une quinzaine de Prix Nobel et des conseillers sous les présidences républicaines de George W. Bush et de Ronald Reagan, signaient une lettre du lobby américain National Taxpayers Union. Ils exhortaient le Congrès et la Maison-Blanche à ne pas répéter les erreurs du passé sous la forme d’une hausse des droits de douanes… évoquant une action similaire menée le 3 mai 1930.