La Saskatchewan étoffe ses arguments contre la taxe carbone

Selon une étude, une taxe carbone à 50$ la tonne — ce que le gouvernement Trudeau vise pour 2022 — aurait pour effet de réduire le produit intérieur brut de la Saskatchewan de 2,4%.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne Selon une étude, une taxe carbone à 50$ la tonne — ce que le gouvernement Trudeau vise pour 2022 — aurait pour effet de réduire le produit intérieur brut de la Saskatchewan de 2,4%.

La Saskatchewan se braque davantage contre la tarification du carbone. En plus de la contestation juridique à l’égard du projet d’Ottawa, son gouvernement brandit une étude universitaire selon laquelle cette stratégie de lutte contre les changements climatiques plombera son économie en plus d’être inefficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Une taxe carbone à 50 $ la tonne — ce que le gouvernement Trudeau vise pour 2022 — aurait pour effet de réduire le produit intérieur brut de 2,4 %, selon l’étude de l’Institut de l’énergie, de l’environnement et des communautés durables de l’Université de Regina.

Pris au sens large de 2019 à 2030, cela représentera un coût total de 16 milliards, soit 1,8 milliard par année, pour une économie provinciale largement axée sur les ressources naturelles et relativement volatile. Le PIB de la province avoisine 60 milliards.

La Saskatchewan affirme qu’Ottawa n’a pas tenu compte des provinces où se trouvent des secteurs à haute teneur énergétique.

Le ministère fédéral de l’Environnement a indiqué au mois d’avril que, selon sa propre analyse, la tarification du carbone dans les provinces n’ayant pas encore leur propre plan — contrairement au Québec et à l’Ontario, lequel veut l’abandonner — aurait un impact de 2 milliards en 2022, soit 0,1 % de la croissance annuelle du PIB.

L’évolution inégale des cours du pétrole au cours des dernières années a eu un effet marqué sur la croissance économique de la Saskatchewan, qui attend un gain de 1,3 % de son PIB en 2018, suivi de 2,5 % et de 2,6 % les deux années suivantes.

« Le gouvernement fédéral a significativement sous-estimé l’impact économique de sa taxe carbone et surestimé les réductions de GES », a affirmé le ministre de l’Environnement, Dustin Duncan. « Ce modèle, nouveau et rigoureux, laisse entrevoir des milliards de moins en PIB, ce qui se traduit par des industries moins compétitives et moins d’emplois. C’est exactement la raison pour laquelle nous n’avons jamais appuyé la taxe et la contestons devant les tribunaux. »

Selon le ministère, l’étude conclut que la tarification du carbone, pièce maîtresse tant à Québec qu’à Ottawa pour atteindre les objectifs de diminution des émissions de GES, n’entraînera qu’une baisse de moins d’une mégatonne, soit 1,25 % du total.

Le Québec, l’Ontario et la Californie géraient jusqu’à récemment un système unifié de plafonnement et d’échange de droits d’émissions. Le premier ministre désigné de l’Ontario, Doug Ford, a cependant annoncé son intention de quitter le système, au grand dam des entreprises qui ont dépensé des milliards pour acheter des droits depuis son entrée en vigueur.

Le système québécois de vente aux enchères de droits d’émissions permettrait d’amasser 3,3 milliards au total d’ici 2020, une somme versée au Fonds vert, dont le but est d’appuyer des initiatives durables.

Le plan stratégique d’Ottawa consiste à donner aux provinces jusqu’à la fin de 2018 pour se doter d’un plan de tarification du carbone, à défaut de quoi il promet d’en imposer un à celles qui se montreraient réfractaires. En Alberta, l’opposition conservatrice s’est également érigée contre le plan. Le Manitoba y a songé, mais a changé d’idée après avoir demandé et reçu un avis juridique concluant essentiellement qu’une contestation juridique contre Ottawa ne mènerait nulle part.