Feu vert à la fusion Disney-Fox, à certaines conditions

The Walt Disney Company a mis 71,3 milliards de dollars sur la table dans cette opération.
Photo: Richard Drew Associated Press The Walt Disney Company a mis 71,3 milliards de dollars sur la table dans cette opération.

Le groupe Disney a obtenu mercredi le feu vert des autorités de la concurrence américaines pour le rachat de l’essentiel du groupe Fox à condition de vendre des chaînes sportives, ouvrant la voie à la création d’un mastodonte dans un secteur des médias en plein bouleversement.

Après le rachat, Disney devra céder 22 chaînes locales sportives appartenant au groupe 21st Century Fox de façon à préserver la concurrence, a indiqué la division anti-monopole du ministère de la Justice dans un communiqué.

« Le ministère a déterminé que ces ventes résoudraient les inquiétudes sur la concurrence provenant du rachat par Disney de certains actifs de Fox », a écrit le ministère, affirmant que sans cela, le rachat « serait susceptible d’entraîner des hausses de prix » pour les programmes sportifs dans certaines régions aux États-Unis.

C’est une mauvaise nouvelle pour le câblo-opérateur américain Comcast, qui convoite aussi le groupe Fox et avait lancé mi-juin une offre de rachat plus élevée que l’offre originale de Disney, déposée en décembre. Ce dernier avait donc à son tour la semaine dernière dû surenchérir pour contrer Comcast et avait assuré que sa nouvelle proposition avait le soutien du groupe Fox.

Dans un communiqué distinct mercredi, Disney, qui a mis 71,3 milliards de dollars sur la table dans cette opération, a confirmé avoir accepté la demande du ministère et précise qu’il devra vendre ces chaînes sportives dans un délai de trois mois, renouvelables, suivant le bouclage du mariage.  

Un autre groupe aminci

L’opération doit permettre à Disney de mettre la main sur les studios de cinéma 20th Century Fox, la chaîne de télévision National Geographic, la participation de Fox dans le service de streaming Hulu, ou encore dans le groupe satellite britannique Sky.

La chaîne de télévision câblée américaine Fox News, le Wall Street Journal et l’agence d’informations DowJones, autres propriétés de la famille Murdoch, n’en font en revanche pas partie et constitueront un nouveau groupe « Fox » aminci.

« Nous sommes satisfaits du fait que le ministère de la Justice ait conclu que, à l’exception de la demande [de cession] des chaînes sportives régionales de Fox, la transaction n’aurait pas d’effet néfaste sur la concurrence et que nous ayons été en mesure de résoudre les inquiétudes, limitées, potentielles », s’est réjoui The Walt Disney Company.

Juridiquement, l’accord entre Disney et les autorités de la concurrence doit encore être validé par un juge, ont précisé les deux parties, tandis que la fusion elle-même doit encore recevoir l’aval, notamment, de régulateurs d’autres pays et des actionnaires.

Symbole d’un bouleversement

La lutte acharnée pour ce rachat symbolise le bouleversement en cours des secteurs des médias/diverstissements et des télécoms, les groupes traditionnels cherchant à grossir en taille pour rivaliser avec les géants technologiques, comme Google, Netflix ou Amazon, à la fois plateformes de diffusion et producteurs de contenus.

La Silicon Valley dispose d’un avantage certain : grâce aux données personnelles des utilisateurs stockées sur ses plateformes, elle est en contact direct avec le public et en sait long sur ses goûts et ses habitudes, ce qui lui permet par exemple d’adapter les contenus qu’elle propose.

Google et Facebook ont également la particularité de capter une part substantielle des recettes publicitaires, au détriment des acteurs traditionnels des médias.

D’où l’idée pour les acteurs des télécoms et des médias de se marier pour soit combiner canaux de distribution et contenus, soit étoffer leur offre de programmes.

Le feu vert accordé le 12 juin par un juge de Washington à la fusion entre le géant des télécoms AT T et le groupe de médias Time Warner, contre l’avis des autorités de la concurrence, avait levé les incertitudes sur nombre de grosses fusions en cours ou à venir. C’est précisément cet aval qui avait décidé Comcast à surenchérir sur Fox.

Dans le détail, Disney a proposé 71,3 milliards de dollars, dont 35,7 milliards en liquide, contre 52,4 milliards entièrement en actions auparavant. Les actionnaires de Fox vont également recevoir 343 millions d’actions Disney, ce qui leur donnera 19 % du capital de la nouvelle entité.