Le Canada aide relativement peu et mal ses agriculteurs

Le Canada s’avère l’un des endroits où le poids du soutien public aux producteurs agricoles a le plus diminué au fil des ans.
Photo: Joe Klamar Agence France-Presse Le Canada s’avère l’un des endroits où le poids du soutien public aux producteurs agricoles a le plus diminué au fil des ans.

N’en déplaise à Donald Trump, les agriculteurs canadiens ne reçoivent pas plus d’aide de leurs gouvernements que leurs homologues américains ou du reste du monde, rapporte l’OCDE. Au contraire.

Les différentes formes de soutien public offertes aux producteurs agricoles canadiens ont équivalu, en moyenne, à 9,3 % de leurs recettes agricoles brutes au cours des trois dernières années, estime l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport dévoilé mardi. Cette proportion se révèle deux fois moindre que la moyenne des pays développés (18,2 %) ou de l’Union européenne (19,3 %), et à des lieues des champions dans le domaine, comme le Japon (46 %), la Corée (52,3 %) ou l’Islande (57,6 %). Le Canada se situe aussi tout juste en deçà des États-Unis (9,6 %), dont le président s’est beaucoup plaint, ces derniers temps, de l’aide publique considérable et déloyale dont bénéficieraient les agriculteurs canadiens par l’entremise, notamment, des hautes barrières tarifaires élevées aux frontières par le système de gestion de l’offre dans le lait, les oeufs et la volaille.

Aide publique en baisse

Le Canada s’avère aussi l’un des endroits où le poids de ce soutien public a le plus diminué au fil des ans. Quatre fois plus importante il y a trente ans, cette aide a notamment fait les frais du démantèlement des mécanismes de stabilisation des prix dans le secteur des céréales au milieu des années 1990. Aux États-Unis, comme en Europe ou dans la moyenne des pays de l’OCDE, cette réduction n’a été que de moitié.

Le Canada est toutefois loin d’être parfait, aux yeux de l’OCDE. Selon ses experts, les mesures d’aide restantes au Canada sont en effet, à près de 70 %, de celles qui risquent le plus de fausser les décisions qu’auraient prises autrement les exploitants agricoles et ainsi pénaliser les consommateurs, particulièrement les plus pauvres, et limiter la compétitivité du secteur alimentaire. Comme le président Trump, l’OCDE en veut notamment au système de gestion de l’offre qui permet, par exemple, aux producteurs de lait de rester à l’abri de la concurrence étrangère et de vendre leurs produits dans leur marché intérieur 80 % plus cher que les prix mondiaux.

En comparaison, l’Union européenne a réduit en trente ans des deux tiers (de 92 % à 27 %) la proportion de mesures « dommageables et à l’origine de distorsions » en découplant son soutien des volumes produits et en rendant environ la moitié de son aide conditionnelle au respect de contraintes environnementales. Durant le même temps, les États-Unis sont aussi parvenus à diminuer l’effet de distorsion de 51 % à 32 %, soit bien en dessous de la moyenne de l’OCDE (52 %), et bien qu’ils subventionnent encore lourdement les producteurs de sucre, de lait, de coton ou de viande ovine.

« Lorsqu’il est directement lié à l’utilisation d’intrants et à la production, le soutien nuit à l’efficience des marchés, encourage une surconsommation d’intrants agricoles préjudiciables à l’environnement et absorbe des fonds publics qui sont déjà rares et qui pourraient être consacrés à des investissements plus efficaces dans le secteur », a expliqué mardi Carmel Cahill, responsable de la question des échanges et de l’agriculture à l’OCDE.

Le secteur agricole accapare, en effet, d’importantes ressources financières, rappelle-t-on. Au cours des trois dernières années, ce soutien des pouvoirs publics, sous différentes formes, s’est ainsi élevé, en moyenne, à 317 milliards $US par an dans les pays de l’OCDE, soit un peu moins de 1 % (0,7 %) de leur produit intérieur brut (PIB).

Tour d’horizon

Au Canada, cette proportion serait moitié moins grande, à 6 milliards ou 0,4 % du PIB, dont la moitié vient de la poche des contribuables et l’autre moitié de celle des consommateurs. Aux États-Unis, on parle de 94 milliards en soutien équivalant à 0,5 % du PIB et financés presque totalement (à 90 %) par les impôts. Dans l’Union européenne, l’aide totale s’élève à 108 milliards ou 0,6 % du PIB et est aussi essentiellement payée (à 80 %) par les contribuables. À l’autre extrémité du spectre, on retrouve, par exemple, la Nouvelle-Zélande (532 millions et 0,3 % du PIB) et l’Australie (1,7 milliard et 0,1 % du PIB).

6 milliards
C'est la somme versée par les pouvoirs publics pour aider l’agriculture canadienne

La demande de produits alimentaires variés et de qualité ne va pas cesser de croître au cours des prochaines années, note l’OCDE. Le défi pour le secteur agricole sera de savoir profiter de cette vague de façon durable. Il lui faudra ainsi, dit le rapport, « accélérer la croissance de sa productivité, qui est très inférieure au potentiel dans beaucoup d’économies, améliorer sa performance environnementale, compte tenu notamment du changement climatique, et améliorer la résilience des ménages agricoles face aux chocs liés, entre autres, aux conditions météorologiques et aux marchés ».