Surplus de 2,4 milliards à Québec

«Une guerre commerciale est rare, mais si ça se matérialisait, ce serait extrêmement dangereux pour l’économie mondiale, a dit M. Leitão. C’est pour cela qu’il faut un cadre financier comme le nôtre.»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Une guerre commerciale est rare, mais si ça se matérialisait, ce serait extrêmement dangereux pour l’économie mondiale, a dit M. Leitão. C’est pour cela qu’il faut un cadre financier comme le nôtre.»

Alors que plane le spectre d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, un conflit susceptible de faire trembler l’économie d’un bout à l’autre de la planète, le gouvernement du Québec a terminé l’année 2017-2018 sur un excédent budgétaire de 2,4 milliards, trois fois plus que ce que le ministère des Finances prévoyait dans le budget en mars.

Selon le Rapport mensuel des opérations financières publié vendredi matin, les coffres de l’État québécois ont entre autres reçus environ 900 millions de plus que prévu au chapitre de l’impôt des particuliers et des revenus des entreprises relevant du gouvernement. Au bout du compte, Québec pourra donc verser 1,5 milliard dans la réserve de stabilisation, un fonds qui grimpera à 3,9 milliards et servirait de coussin en cas de séisme économique.

« Les mesures que nous avons mises en place en 2014 pour relancer l’économie portent fruit. L’économie du Québec tourne à plein régime », a dit le ministre des Finances, Carlos Leitão, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes vendredi matin.

Le gouvernement Couillard a présenté en mars un budget prévoyant une augmentation des dépenses de programmes de 5,2 % en 2018-2019. Il avait ajouté qu’il entend aussi piger dans la réserve de stabilisation, qui se situait alors à 5,4 milliards, pour équilibrer les budgets des trois prochaines années. Il était alors prévu que cette réserve, qui selon la loi doit notamment servir à la « planification budgétaire pluriannuelle », se situerait à 2,4 milliards en 2020-2021.

L’opposition avait alors accusé le Parti libéral d’avoir freiné les dépenses en début de mandat pour ensuite appuyer sur l’accélérateur à l’approche des élections, prévues cet automne.

Le ministre Leitão a déjà affirmé qu’une réserve de stabilisation « autour de deux milliards » est suffisante, car cela permettrait, par exemple, de « faire face à un impact sur le PIB de trois points de pourcentage ». Le gouvernement du Québec prévoit que l’économie va croître de 2,1 % en 2018, même si un certain nombre d’impondérables alourdissent le climat.

Les mesures que nous avons mises en place en 2014 pour relancer l’économie portent leurs fruits

« Une guerre commerciale est rare, mais si ça se matérialisait, ce serait extrêmement dangereux pour l’économie mondiale, a dit M. Leitão. C’est pour cela qu’il faut un cadre financier comme le nôtre. Si jamais ça arrivait, le Québec serait en meilleure position que les autres provinces pour faire face à une telle éventualité, parce que nous avons dégagé assez de marge de manœuvre pour passer au travers. »

Invité à expliquer les raisons derrière un excédent annuel trois fois supérieur à ce qui était prévu il y a 90 jours, à savoir si ce n’était pas là le signe d’une précaution excessive, le ministre Leitão a répondu que le gouvernement Couillard préférait la prudence. « Nos prévisions et hypothèses sont prudentes, oui, nettement. Nous avons bâti depuis 2014 un cadre financier prudent. »

Risque d’un conflit plus hostile

Les derniers mois ont été marqués par un gouvernement américain qui multiplie les salves multilatérales contre ses partenaires économiques. Les relations commerciales se sont compliquées non seulement entre le Canada et les États-Unis, mais entre ceux-ci et la Chine, deuxième puissance économique du monde.

Parmi les « risques importants » figurent la situation du commerce international, la renégociation de l’ALENA avec les États-Unis, « et surtout, le risque d’une possible guerre commerciale », a dit M. Leitão. Ce risque d’un conflit ouvert entre Washington et Pékin est plus fort que l’an dernier. « C’est ce qui me préoccupe le plus. Pas nécessairement les relations Canada-États-Unis. Ça aussi, mais ce qui est particulièrement préoccupant dans un contexte d’économie mondiale, ce sont les relations commerciales États-Unis-Chine. »

Une guerre commerciale, dont il évalue la probabilité à 33 %, entraînerait une récession mondiale, a-t-il dit. « L’économie mondiale est de plus en plus intégrée. Les grands organismes internationaux, le FMI, l’OCDE, les banques centrales : tout le monde est conscient de ces risques. »

Préoccupé par la santé des entreprises québécoises susceptibles d’être affectées par les tarifs américains sur l’acier et l’aluminium, le premier ministre Philippe Couillard profitera d’un séjour à Washington et à New York la semaine prochaine pour sensibiliser les élus et le gouvernement Trump à l’importance du commerce bilatéral entre les États-Unis et le Québec.

Le Québec compte pour 15 % des exportations canadiennes vers les États-Unis alors que ceux-ci achètent 70 % des exportations québécoises vers l’étranger.