Cinq ans pour sortir des énergies fossiles

Le pétrole deviendra un actif risqué, avance le trésorier de la CSN, Pierre Patry.
Photo: Getty Images Le pétrole deviendra un actif risqué, avance le trésorier de la CSN, Pierre Patry.

La CSN souhaite que les caisses de retraite du Québec, dont la Caisse de dépôt et placement, mettent en oeuvre une stratégie consistant à se retirer graduellement des énergies fossiles.

Adoptée il y a quelques jours dans le cadre de l’établissement d’une charte de l’environnement lors d’un conseil confédéral, instance principale entre la tenue des congrès tous les trois ans, la résolution exprime le souhait d’un retrait qui se ferait sur un échéancier de cinq ans.

« Il faut faire ça de façon progressive et ordonnée. On ne peut pas sortir du jour au lendemain, on a quand même des obligations fiduciaires », a dit lors d’une entrevue le trésorier de la CSN, Pierre Patry.

« D’une part, on évalue que nous ne sommes pas sur une trajectoire qui va nous permettre d’atteindre les objectifs de Paris, ni même les objectifs du gouvernement du Québec, et qu’il faut accélérer la cadence, a dit M. Patry. Par ailleurs, le pétrole va devenir un actif risqué. »

La CSN n’a pas encore eu de contact avec la direction de la Caisse à ce sujet, a précisé M. Patry. Pendant des décennies, elle a eu un représentant au conseil d’administration de la Caisse, comme la FTQ, mais cette présence syndicale a pris fin il y a plusieurs années avec le renouvellement régulier de la composition des sièges.

La CSN compte 2000 syndicats regroupant quelque 300 000 membres. Un des grands déposants de la Caisse de dépôt, le régime de retraite du secteur public (RREGOP), couvre à lui seul environ « la moitié de nos membres », selon M. Patry.

Plan stratégique

La centrale n’a pas fait d’annonce officielle, sa position ayant plutôt été éventée jeudi matin par le groupe Sortons la Caisse du carbone. « La CSN porte ainsi à plus d’un demi-million le nombre de voix qui exhortent la CDPQ à se départir de ses investissements dans ce secteur », a-t-il indiqué dans un message transmis aux médias. Même si la Caisse a mis en branle un plan visant à investir davantage dans les énergies propres, la stratégie ne va pas assez loin, selon lui.

La Caisse n’a pas voulu commenter spécifiquement le cas présent. Un porte-parole, Yann Langlais-Plante, a renvoyé Le Devoir au rapport sur l’investissement durable publié en avril dernier de même qu’à une nouvelle politique de placement adoptée il y a huit mois.

La politique dévoilée à l’automne 2017 prévoit que la Caisse de dépôt et placement intensifie ses investissements dans les actifs sobres en carbone. La Caisse, qui compte 40 déposants et gère un actif net d’environ 300 milliards, veut faire passer de 16 à 24 milliards ce type d’investissement dans ses portefeuilles d’ici 2020.

La Caisse veut aussi réduire de 25 % l’empreinte carbone pour chaque dollar investi, mais affirme qu’il n’est pas question de procéder à une liquidation pure et simple de ses placements dans les énergies non renouvelables, comme le pétrole. Même avant la publication de la stratégie, sa direction affirmait depuis des années qu’il était à son avis préférable de miser sur un dialogue avec les entreprises plutôt que de sortir complètement d’un secteur. « Nous dialoguons avec la direction de certaines entreprises pour comprendre leur stratégie face aux changements climatiques et l’influencer le cas échéant », a-t-elle écrit dans son rapport sur l’investissement durable.

Les appels au désinvestissement des énergies fossiles se sont multipliés au cours des dernières années, un mouvement auquel s’est notamment joint le Fonds des frères Rockefeller, mais aussi, à divers degrés, des grands investisseurs. La banque HSBC, par exemple, a récemment annoncé son intention de cesser de financer l’exploitation des sables bitumineux. Elle a été précédée de quelques mois par la banque française BNP Paribas, qui a aussi voulu prendre ses distances des gaz de schiste et du pétrole de schiste.