Le «dieselgate» envoie le patron d’Audi en prison

Lundi matin, quatre policiers bavarois ont arrêté à son domicide Rupert Stadler, p.-d. g. d’Audi depuis 11 ans.
Photo: Christof Stache Agence France-Presse Lundi matin, quatre policiers bavarois ont arrêté à son domicide Rupert Stadler, p.-d. g. d’Audi depuis 11 ans.

La justice allemande a placé lundi en détention provisoire le patron du constructeur Audi, filiale de Volkswagen, prononçant la première incarcération d’un très haut responsable dans l’enquête tentaculaire sur le scandale des moteurs diesel truqués.

« Entre 6 h et 7 h ce matin », quatre policiers bavarois ont arrêté à son domicile Rupert Stadler, p.-d.g. d’Audi depuis 11 ans, pour le conduire devant une magistrate, a expliqué à l’AFP un porte-parole du parquet de Munich.

Mis en cause fin mai pour « fraude » et complicité d’« émission de faux certificats », M. Stadler est soupçonné « d’avoir voulu influencer des témoins ou d’autres suspects », ce qui a justifié son interpellation, selon la même source. Il a nié ces accusations, a été écroué et s’est dit « prêt à être interrogé à partir de mercredi », a poursuivi le représentant du parquet.

Dans la foulée, le conseil de surveillance de Volkswagen a relevé M. Stadler de ses fonctions pour le remplacer par le Néerlandais Bram Schot, transfuge de Daimler arrivé chez VW en 2011 et responsable des ventes chez Audi depuis l’an dernier, selon plusieurs médias allemands, dont l’agence DPA.

Le dieselgate, scandale à tiroirs dans lequel les constructeurs allemands n’en finissent plus de s’embourber, avait éclaté en septembre 2015 chez Volkswagen, maison mère d’Audi et de Porsche. Mais la marque haut de gamme, dont les ingénieurs sont soupçonnés d’avoir contribué à l’élaboration des logiciels en cause, intéresse depuis longtemps le parquet de Munich. Jörg Kerner, ex-responsable des moteurs de Porsche arrivé en 2011 de chez Audi, ainsi que Wolfgang Hatz, qui a notamment été chef du développement des moteurs chez Audi de 2001 à 2007 avant de prendre une fonction similaire pour l’ensemble du groupe Volkswagen, ont été incarcérés en avril 2018 et septembre 2017.

Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, la mise en cause de M. Stadler est en partie liée à un courriel adressé « fin 2015 » au dirigeant, le mettant au courant de l’utilisation de logiciels irréguliers. Entré chez Audi en 1990, et p.-d.g. depuis 2007, Rupert Stadler a gardé jusqu’à présent la confiance des actionnaires principaux, les familles héritières Porsche-Piëch.

Cependant, le conseil de surveillance de Volkswagen ne peut plus « échapper » à la question d’un « nouveau départ chez Audi », estime auprès de l’AFP Ferdinand Dudenhöffer, du Center Automotive Research. Les accusations du parquet de Munich sont graves. »

Volkswagen s’efforce toujours de tourner la page du dieselgate, alors même que l’amende d’un milliard d’euros récemment infligée par la justice allemande n’a pas mis fin à toutes les procédures en cours. Plusieurs hauts dirigeants de VW, dont l’ancien patron Martin Winterkorn, font l’objet de différentes enquêtes pour fraude, manipulation de cours de Bourse ou publicité mensongère. Aux États-Unis, en tout, huit anciens et actuels dirigeants de Volkswagen ont été inculpés, accusés notamment de « fraude » et de « conspiration ». Un cadre d’Audi y a également été mis en examen.

En Allemagne, le successeur de M. Winterkorn, Matthias Müller, mais aussi le chef du conseil de surveillance du groupe, Hans Dieter Pötsch, et l’actuel président de VW Herbert Diess, sont également dans le viseur des enquêteurs.

Au Québec : appel rejeté

L’action collective contre Volkswagen et Audi intentée au bénéfice de l’ensemble des Québécois pour le scandale du « dieselgate » ira de l’avant. La Cour d’appel, dans une décision rendue lundi, n’a pas permis aux fabricants d’en appeler du jugement d’autorisation. Le juge Daniel Dumais, de la Cour supérieure, avait autorisé cette action collective le 24 janvier dernier. Celle-ci est différente des autres en ce qu’elle est liée au non-respect des normes environnementales et vise tous les Québécois — et non pas uniquement les propriétaires ou les locataires des véhicules de marque Volkswagen. Si l’action est ultérieurement accordée, chaque Québécois pourrait obtenir 35 $ comme dommages punitifs pour avoir respiré de l’air pollué.