Les États-Unis, partenaires difficiles, mais incontournables

Après des échanges de mots durs entre le premier ministre, Justin Trudeau, et le président américain, Donald Trump, lors du sommet du G7 la semaine dernière, la menace d’une guerre commerciale avec les États-Unis plane.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Après des échanges de mots durs entre le premier ministre, Justin Trudeau, et le président américain, Donald Trump, lors du sommet du G7 la semaine dernière, la menace d’une guerre commerciale avec les États-Unis plane.

Aux prises avec un gouvernement américain dont la vision des relations commerciales porte sur le belliqueux, Ottawa veut ratifier au plus vite le Partenariat transpacifique afin d’ouvrir de nouveaux marchés. Quelle est l’importance réelle des voisins du Sud pour l’économie canadienne ? État des lieux.

Comment décrire notre relation commerciale avec les États-Unis ?

Pour bien comprendre la nature de ce qui nous unit, précisons d’abord une chose : les échanges quotidiens entre le Canada et les États-Unis représentent le deuxième plus gros commerce bilatéral au monde, derrière celui qui lie les États-Unis et la Chine. Environ 30 % de cela passe par la frontière à Windsor-Detroit, où circulent chaque jour plus de 8000 camions. En 2017 seulement, les entreprises canadiennes ont vendu aux voisins du Sud biens et services pour 470 milliards.

470 milliards
de biens et services ont été vendus aux États-Unis en 2017

« Il y a une relation de dépendance très importante. On est un pays qui, toutes proportions gardées, exporte beaucoup plus que les États-Unis », rappelle Richard Ouellet, qui enseigne le droit international économique à l’Université Laval. « On est un pays exportateur. Comme on a traditionnellement une économie de ressources naturelles, et qu’on a de plus en plus une économie de services, on a besoin des marchés d’exportation pour maintenir notre niveau de vie et nos emplois. […] Et on a besoin d’un accès relativement prévisible au marché américain, ce qu’on n’a pas présentement. »

En 2017, 76 % des exportations canadiennes ont pris le chemin des États-Unis. Parmi les produits les plus importants : le secteur automobile (18 % du total), les réacteurs nucléaires, les bouilloires et la machinerie (15 %), l’équipement électrique (9 %) et l’énergie (5,8 %).


À quel point le Canada est-il important pour l’économie américaine ?

Lorsqu’on combine exportations et importations, les États qui font le plus de commerce avec leur voisin du Nord, selon Ottawa, sont le Michigan (en raison du secteur automobile), l’Illinois (où se trouvent quatre grandes raffineries), la Californie (qui écoule ses fruits et légumes au Canada), l’État de New York et le Texas, carrefour pétrolier.

Quel que soit le ton du président au sujet de ce que les États-Unis subiraient bon an mal an aux mains du Canada, le gouvernement américain lui-même reconnaît d’emblée que « le Canada était en 2017 le marché d’exportation le plus important des États-Unis ». Sur l’année, le Canada a acheté 18 % des exportations américaines, ce qui représente 282 milliards $US. Il s’agit là d’une augmentation de 6 % par rapport à 2016.

« Le Canada est un marché très réceptif, ouvert et transparent pour les produits et services américains », est-il d’ailleurs souligné sur le site Internet du programme Export.gov, coordonné par le Département du commerce américain. « Les Canadiens dépensent plus de 60 % de leur revenu disponible sur des produits et services des États-Unis. »

« Les clients canadiens sont très importants », dit Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. « Si on regarde le principal client par État américain, le Canada arrive en tête pour la grande majorité des États. C’est le cas pour tout le nord et l’est des États-Unis. » Ainsi, onze États seulement ont comme principale destination d’exportation un pays autre que le Canada. Parmi les produits importés au Canada, on retrouve des produits du secteur automobile, de l’équipement électrique et des hydrocarbures.


Comment explique-t-on le chemin sinueux des présentes négociations ?

« Le ton a toujours été assez tendu quand on négocie avec les Américains. Il n’y a pas eu de période dorée, sauf évidemment quand il n’y a rien à négocier et que l’ALENA a roulé tout seul. On sort de ça », dit Richard Ouellet. « Les Américains sont des négociateurs super durs. » La différence, maintenant, c’est le ton acrimonieux, dit-il.

Cette difficulté s’est d’ailleurs manifestée lors des négociations de l’Accord de libre-échange, signé à la fin des années 80. Après avoir reçu un appel du secrétaire au Trésor, lequel a exprimé les réticences du Congrès américain au sujet d’un organisme de règlement des différends, le premier ministre Brian Mulroney a menacé d’appeler le président Reagan pour poser une question simple : pourquoi les États-Unis étaient-ils arrivés à s’entendre sur les armes nucléaires avec un ennemi juré, l’URSS, mais pas sur le commerce avec leur meilleur ami 

Cela dit, mentionne M. Durocher, les Américains ont le gros bout du bâton, et la moins grande importance des exportations de biens et services dans leur économie (moins de 12 % du PIB américain) permet d’être plus exigeant en négociation. En d’autres termes, de faire la fine bouche.


Arrivera-t-on un jour à exporter davantage dans le reste du monde qu’aux États-Unis ?

Oui, le Canada a mis les bouchées doubles depuis quelques années pour développer de nouveaux marchés ailleurs dans le monde. Les exportations canadiennes vers la Chine ont atteint 22,4 milliards en 2016, soit la moitié des exportations vers l’Union européenne. Mais le voisin américain sera probablement toujours le principal partenaire commercial.

« Il y a toujours une contrainte géographique », dit M. Durocher. « Veut, veut pas, c’est quand même plus simple d’exporter aux États-Unis. On peut envoyer la plupart des biens par camion. Exporter en France, en Allemagne, au Japon, ça demande une logistique un peu plus compliquée. »

Est-ce que la place des États-Unis dans les exportations canadiennes (76 %) peut descendre au bénéfice des autres ?

« La réponse est oui. Par exemple, on a conclu un accord de libre-échange avec l’Europe, et il y a aussi le Partenariat transpacifique, que Justin Trudeau veut ratifier. »