La Fed relève ses taux de référence

Jerome Powell,  président de la Fed
Photo: Mark Wilson Getty Images / AFP Jerome Powell,  président de la Fed

La banque centrale américaine (Fed) a relevé mercredi ses taux d’intérêt pour la seconde fois de l’année et prévoit des hausses de taux supplémentaires d’ici fin décembre pour parer à une surchauffe de l’économie américaine, qui croît désormais à un rythme jugé « solide ».

« L’économie va bien », a résumé le président de la Fed, Jerome Powell, lors d’une conférence de presse. La banque centrale s’est ainsi montrée plus optimiste dans ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2018.

Après cette hausse d’un quart de point de pourcentage du taux directeur qui était attendue par les marchés, les taux évoluent désormais dans la fourchette de 1,75 % à 2 %, selon le communiqué du Comité monétaire de la Fed. C’est la septième hausse depuis la sortie de la politique monétaire à taux zéro fin 2015, qui avait été adoptée pour soutenir la reprise après la crise financière.

La Fed, qui continue de qualifier sa politique monétaire d’accommodante, prévoit aussi deux autres resserrements supplémentaires d’ici la fin de l’année, soit un de plus qu’elle n’en prévoyait encore en mars. Le patron de la Fed a par ailleurs annoncé qu’il tiendrait, à partir de janvier, une conférence de presse après chaque réunion monétaire au lieu de tous les trois mois jusqu’à présent.

Par rapport à son dernier communiqué en mai, la Fed se montre encore plus optimiste quant à la qualité de la croissance, qui est passée de « modérée » à « solide ». Elle note en outre que la consommation des ménages, locomotive de la première économie mondiale, s’est accélérée et que les investissements des entreprises continuent de croître « fortement ». La Fed table désormais sur une croissance de 2,8 % en 2018, soit 0,1 point de plus que prévu en mars, mais anticipe toujours une croissance de 2,4 % pour l’an prochain. En ce qui concerne l’inflation, l’institution prévoit une accélération à 2,1 % cette année, contre 1,9 % estimé en mars. Et l’inflation devrait rester à ce niveau en 2019.

La banque centrale se montre également plus optimiste sur le front de l’emploi, avec un taux de chômage à 3,6 % cette année (–0,2 point par rapport à sa précédente prévision) et à 3,5 % en 2019 (–0,1 point). « Les créations d’emplois ont été importantes, en moyenne, ces derniers mois, et le taux de chômage a décliné », a-t-elle commenté.

Période délicate

Alors qu’elle tient sa promesse de normalisation graduelle des taux, la Fed entame une période délicate où elle doit prévenir l’inflation sans éteindre la croissance, tandis que de plus en plus d’économistes disent voir venir une récession à moyen terme. « Nous pensons qu’il y a 30 % de risques que survienne une petite récession avant la fin de la décennie », estiment ainsi les analystes de Capital Economics. Ils craignent que la hausse des taux d’intérêt ne provoque un ralentissement dès l’année prochaine, une fois passé l’effet dopant des réductions d’impôt du gouvernement Trump.

S’ajoute à cet environnement le bras de fer commercial entamé par Donald Trump avec ses partenaires, qui crée des inquiétudes sur la solidité de la croissance mondiale et qui a le potentiel, si les droits de douane se multiplient, de faire grimper les prix à l’importation.

Pour l’instant, en relevant les taux d’intérêt, la Fed entend prévenir une remontée des prix qui risque d’accélérer le taux de chômage spectaculairement bas. Ce niveau faible de chômeurs devrait, espère-t-on, conduire les entreprises à augmenter les salaires, vecteurs de l’inflation, pour attirer ou retenir leurs employés.

La hausse des prix, selon l’indice PCE, a touché depuis mars en rythme annuel la cible de 2 % convoitée par la Fed. L’autre mesure de l’inflation, le CPI, généralement un peu supérieure, a atteint en rythme annuel son plus haut niveau en six ans à 2,8 %. Les prix à la production, à +0,5 % en mai et +3,1 % sur un an, ont été alimentés par l’augmentation des coûts de l’énergie, mais aussi de l’acier et de l’aluminium, deux produits frappés de droits de douanes à l’importation par le gouvernement Trump.

Inquiétudes sur les tensions commerciales

Le président de la Fed a reconnu mercredi que « les inquiétudes montent » au sein des milieux d’affaires américains et des responsables de la Fed en raison des tensions commerciales entre le gouvernement Trump et les partenaires commerciaux des États-Unis. « Je ne commenterai pas des mesures commerciales spécifiques […] je dirai que des inquiétudes sur les changements de la politique commerciale montent », a déclaré Jerome Powell au cours d’une conférence de presse, soulignant que ces inquiétudes avaient été relatées tant par des chefs d’entreprise du pays que par des présidents des banques centrales régionales. Le patron de la Fed a en outre noté que des rapports faisaient état d’entreprises qui commenceraient à retenir leurs investissements et leurs embauches par crainte d’une guerre commerciale aux conséquences imprévisibles. « Pour le moment, nous ne constatons pas ceci dans les données chiffrées. L’économie est très solide, nous ne voyons vraiment pas cela dans les chiffres. Par conséquent, je mettrais plutôt ça au titre d’un risque » potentiel.