Washington et Pékin s’accordent sur le dossier ZTE

Le dossier ZTE empoisonne depuis des semaines les relations entre la Chine et les États-Unis.
Photo: Johannes Eisele Agence France-Presse Le dossier ZTE empoisonne depuis des semaines les relations entre la Chine et les États-Unis.

Les États-Unis ont annoncé jeudi qu’ils avaient trouvé un accord avec la Chine sur l’épineux dossier ZTE, préservant les chances de régler plus globalement les différends commerciaux entre les deux premières puissances mondiales, mais suscitant le courroux des sénateurs américains. Dans un autre geste d’apparente conciliation, Pékin a de son côté mis sur la table la possibilité d’acheter pour 70 milliards de dollars de marchandises américaines supplémentaires pour réduire le déficit de Washington, une exigence du président américain, Donald Trump.

« À environ 6 h du matin, nous avons conclu un accord définitif avec ZTE », a annoncé le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, dans un entretien à la chaîne d’informations financières CNBC au moment où le gouvernement Trump reste sourd aux demandes répétées de ses alliés européens, canadien et mexicain de revenir sur sa décision d’imposer des tarifs sur l’acier et l’aluminium.

Je peux vous assurer à 100 % que ZTE représente une bien plus grande menace pour la sécurité nationale que l’acier de l’Argentine ou de l’Europe

Le groupe de télécommunications ZTE, sous le coup de sanctions américaines depuis la mi-avril pour avoir violé les embargos sur l’Iran et la Corée du Nord, « doit s’acquitter d’une amende de 1 milliard de dollars », a détaillé le département du Commerce. En outre, 400 millions de dollars devront être placés sous séquestre et seront immédiatement utilisables en cas de violation du nouvel accord. Et pour répondre aux critiques de nombreux parlementaires qui estiment que le groupe chinois représente un danger pour la sécurité nationale, Wilbur Ross a annoncé la mise en place, au sein même de ZTE, d’une cellule de surveillance.

Menace plus grande que l’acier

Le dossier ZTE empoisonne depuis des semaines les relations entre la Chine et les États-Unis, qui ont interdit à la mi-avril l’exportation de composants électroniques américains comme les microprocesseurs indispensables à la fabrication des téléphones intelligents au groupe chinois en rétorsion aux violations. Cette interdiction a conduit le groupe chinois à la cessation de l’essentiel de ses activités, ce qui pénalise par ricochet des entreprises américaines.

« Le gouvernement Trump donne à ZTE et à la Chine le feu vert pour espionner les Américains et vendre notre technologie à la Corée du Nord et à l’Iran », a dénoncé Ron Wyden, le sénateur démocrate de l’Oregon. Même dans le camp républicain, l’accord fait grincer des dents.

« Je peux vous assurer à 100 % que ZTE représente une bien plus grande menace pour la sécurité nationale que l’acier de l’Argentine ou de l’Europe », a commenté dans un tweet Marco Rubio, sénateur républicain de la Floride. « Très mauvais accord », a-t-il déploré alors que les alliés européens, canadien et japonais organisent un front anti-Donald Trump au G7 au Québec.

Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a d’ailleurs fustigé la politique commerciale de Donald Trump consistant à frapper ses alliés comme le Canada, le Mexique et l’Europe au lieu de viser la Chine. « Cette décision est un virage à 180 degrés des promesses du président d’être coriace avec la Chine. Il revient désormais au Congrès d’agir pour revenir sur cet accord », a également commenté ce sénateur de l’État de New York.

Wilbur Ross a rejeté jeudi un quelconque lien entre le dossier ZTE et les négociations commerciales entre les deux pays. Pour autant, cet accord est dévoilé quelques jours après une troisième ronde de discussions, le week-end dernier à Pékin, entre des hauts responsables chinois, emmenés par Liu He, le conseiller économique du président Xi Jinping, et une délégation américaine conduite par Wilbur Ross.

La Maison-Blanche exige de Pékin de réduire de 200 milliards le déficit commercial des États-Unis (plus de 375 milliards en 2017). Mais la Chine a jusqu’à présent refusé de consentir à un tel montant. Elle a proposé en retour à son partenaire américain d’acheter pour près de 70 milliards de dollars de biens américains supplémentaires, à condition que le gouvernement Trump abandonne sa menace de tarifs douaniers sur 50 milliards de dollars de marchandises chinoises, a confirmé mercredi un responsable du gouvernement américain.