Québec gèle temporairement les chaînes de bloc énergivores

Des travailleurs chez Bitfarms, à Saint-Hyacinthe
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Des travailleurs chez Bitfarms, à Saint-Hyacinthe

Québec érige un blocus temporaire sur les chaînes de bloc, cette technologie extrêmement gourmande en énergie pour laquelle de nombreux investisseurs — particulièrement ceux oeuvrant dans le domaine des cryptomonnaies comme le bitcoin — ont un appétit apparemment insatiable par les temps qui courent.

Hydro-Québec est aux prises avec une explosion de la demande qu’elle ne pourra combler, et une intervention du législateur est requise pour, d’une part, mettre des limites sur leur consommation de la ressource et, d’autre part, s’assurer que cette industrie paie le plein prix et génère des retombées pour le Québec. « Si la société d’État devait répondre à toutes ces demandes, le secteur des chaînes de bloc utiliserait 100 % de la capacité disponible d’ici 6 à 12 mois, d’où l’urgence et, surtout, l’importance d’agir », a fait valoir le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau, en conférence de presse jeudi à Montréal.

Hydro-Québec a en effet dans ses cartons plus de 300 demandes d’entreprises voulant établir des chaînes de bloc au Québec en raison de l’énergie qui y est disponible, de la fiabilité de cet approvisionnement et du climat froid, un avantage pour des entreprises utilisant des équipements informatiques qui produisent beaucoup de chaleur.

Ce qui pourrait être vu comme un heureux problème est au contraire un scénario insoutenable ; les projets représentent une demande totalisant quelque 15 000 mégawatts (MW), soit 40 % du total de la capacité de production d’Hydro-Québec, qui est de 37 309 MW. Or, la loi oblige Hydro-Québec à brancher tout demandeur, à moins de restrictions particulières.

Le gouvernement Couillard impose donc un moratoire sur le traitement des demandes de ce secteur et demande à la Régie de l’énergie :

de définir une nouvelle catégorie de consommateurs d’électricité pour les chaînes de bloc et le tarif à lui imposer ;

d’établir un bloc d’énergie réservé à ces consommateurs ;

de déterminer les critères qui permettront d’assurer le tarif le plus avantageux pour Hydro-Québec et les meilleures retombées économiques, notamment en matière de création d’emplois.

Jusqu’ici, les entreprises qui se sont établies au Québec utilisent 120 MW et le ministre Moreau prévoit d’accorder un bloc additionnel de 500 MW pour les nouveaux joueurs. Les utilisateurs actuels dont la consommation dépasse 5 MW bénéficient du tarif préférentiel LG, mais Pierre Moreau a déjà indiqué que, face à une telle demande, cette industrie n’aura plus de rabais et paiera le plein prix.

Ratio de création d’emploi par mégawatt consommé

Secteur minier : 27 emplois/MW

Pétrochimique : 20,7 emplois/MW

Centres de données : jusqu’à 25 emplois/MW

Sidérurgie : 8,8 emplois/MW

Alumineries : 2,2 emplois/MW

Chaînes de bloc : 0,4 emploi/MW