Macron, l'appel téléphonique à Trump et les saucisses de Bismarck

Emmanuel Macron a reconnu que le dialogue avec Donald Trump avait été «franc».
Photo: Franck Fife Agence France-Presse Emmanuel Macron a reconnu que le dialogue avec Donald Trump avait été «franc».

Paris — La conversation téléphonique entre Donald Trump et Emmanuel Macron sur les taxes américaines a-t-elle vraiment été « terrible », comme l’affirme CNN ? Pas question de commenter, a répondu le président français, invoquant une fameuse phrase de Bismarck sur la fabrication des saucisses.

« Je n’ai jamais raconté les coulisses », a répliqué le chef de l’État, interrogé lors d’une conférence de presse mardi à Paris avec le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou. « Parce que comme l’a dit Bismarck, si on expliquait aux gens la recette des saucisses, il n’est pas sûr qu’ils continueraient à en manger ! »

Jeudi soir, le Français a appelé Donald Trump pour lui dire que sa décision d’imposer à l’Europe des taxes sur l’acier et l’aluminium était « illégale », « une erreur » et que l’Union européenne riposterait. La Maison-Blanche et l’Élysée avaient rendu publique sans commentaires cette conversation entre les deux hommes, qui affichent une solide amitié.

Mais une source a confié à CNN que l’échange avait été « terrible », car « Macron pensait qu’il pourrait exprimer le fond de sa pensée, vu leurs relations », mais que « Trump n’a pas supporté d’être critiqué de la sorte ». Ce que le président français s’est catégoriquement refusé à confirmer.

« Je suis attaché à ce que les gens voient le plat servi, mais je ne suis pas persuadé que le commentaire de la cuisine aide au bon service du plat ou à sa bonne consommation. Des gens parlaient du coup de fil, ils ne viennent pas de chez moi ! » a-t-il tranché. « Nous, à Paris, on n’a pas l’habitude de faire du commentaire de comment ça s’est passé, si c’est chaud, si c’est froid, si c’est chaleureux, si c’est terrible… On fait et on avance. »

Il a juste reconnu que le dialogue avait été « franc ». « J’aurai à nouveau lors du G7 une discussion utile et franche avec le président Trump, comme j’en ai depuis le premier jour », a-t-il dit à la veille de son départ pour le Canada pour un sommet du G7 vendredi et samedi.

Le premier ministre israélien connaissait visiblement les saucisses bismarckiennes. « Je suis d’accord, il n’est pas toujours positif de raconter le contenu de discussions. Bismarck a dit : “On ne montre pas en bonne compagnie comment on fabrique les saucisses et comment on fait de la politique” », a-t-il souri. Et, en citant à son tour, d’ajouter : « Woodrow Wilson, après la Première Guerre mondiale, a dit qu’il croyait aux politiques ouvertes auxquelles on parvient ouvertement. Moi, je crois à des politiques ouvertes auxquelles on parvient secrètement, car cela profite aux négociations si elles restent confidentielles. »