Les fonds de travailleurs, pour une stratégie de croissance inclusive

Au Québec, les fonds de travailleurs sont nés dans la foulée de la récession de 1980-1982.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Au Québec, les fonds de travailleurs sont nés dans la foulée de la récession de 1980-1982.

L’IREC publie un long plaidoyer situant les fonds de travailleurs au coeur d’une stratégie de croissance inclusive. Il s’étonne que la littérature économique leur ait consacré si peu d’attention.

L’Institut de recherche en économie contemporaine n’en est pas à sa première étude démontrant la pertinence des fonds de travailleurs. Le think tank de gauche situe cette fois la contribution de ces fonds fiscalisés sous l’angle de la croissance économique inclusive, un thème devenu dominant au sortir de la Grande Récession de 2008-2009 et qui composera l’ordre du jour du sommet du G7 ce week-end.

« Si plusieurs recommandations relevaient de la remise en question de l’orthodoxie précédente par un certain recalibrage du niveau d’interventionnisme, des solutions innovantes furent également recherchées. L’une d’entre elles semble toutefois avoir été ignorée jusqu’ici : les fonds d’investissement de travailleurs. Qualifiés d’innovation sociale majeure en matière de développement économique, ceux-ci sont peu connus et peu utilisés à l’extérieur du Québec. Or, ils pourraient fort bien correspondre aux nouvelles préoccupations des institutions internationales de développement », notent les auteurs de l’étude d’une trentaine de pages.

Les chargés de projet Nicolas Zorn et Rodolphe Parent, accompagnés du directeur général de l’IREC Robert Laplante, signent le rapport de recherche. Ils concluent que les fonds de travailleurs devraient composer l’arsenal des politiques disponibles, d’autant qu’ils répondent au principe de libre marché et qu’ils appuient un objectif de redistribution et de réduction des inégalités tout en contribuant à la réduction de l’endettement des particuliers et à la constitution de leur épargne-retraite. D’autant aussi qu’au Québec, ces fonds sont nés dans la foulée de la récession de 1980-1982. « Ils reposent sur un principe de mutualisation des risques entre les actionnaires-cotisants et l’État en matière d’intervention et de soutien au développement économique », rappellent-ils.

Au Québec, ces fonds de travailleurs ont ceci de particulier qu’ils doivent conjuguer leur mission de sauvegarde, voire de création d’emplois, et l’impératif de générer un rendement pour les cotisants, issus majoritairement de la classe moyenne, qui n’ont souvent que cet investissement comme épargne-retraite. Un des auteurs a déjà estimé que 90 % des contribuables qui ont réclamé les crédits d’impôt inhérents à l’investissement dans ces fonds ont un revenu total individuel inférieur à 100 000 $ et qu’une majorité d’entre eux ont un revenu de moins de 60 000 $.

Aussi, le mouvement syndical occupe un observatoire particulier en ce sens qu’il a développé une compréhension plus fine et plus « sur le terrain » de l’économie locale et de la société. « Le concept de croissance inclusive répond (jusqu’à un certain point) à un mouvement vers un changement de paradigme quant à la compréhension actuelle de l’économie par les institutions internationales. En ce sens, ces dernières ont donc eu tendance à se rapprocher de la conception syndicale de l’économie et du rôle de l’État », soutiennent les auteurs.

« Quant aux questions de productivité du marché de l’emploi, les fonds de travailleurs s’y sont intéressés dès leur début, puisque c’est par l’amélioration de la compétitivité des entreprises où ils interviennent qu’ils peuvent favoriser le maintien et la création d’emplois, tout en générant des dividendes pour leurs investisseurs. »