Privatisation des aéroports: la prudence s’impose, affirment les transporteurs du monde

Une analyse publiée par l’Institut C.D. Howe a déjà estimé qu’Ottawa pourrait toucher de 7 à 17 milliards en remettant les aéroports du pays entre les mains d’actionnaires privés. L’organisme Aéroports de Montréal (ADM) vaudrait à lui seul entre 1,3 et 2,9 milliards.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Une analyse publiée par l’Institut C.D. Howe a déjà estimé qu’Ottawa pourrait toucher de 7 à 17 milliards en remettant les aéroports du pays entre les mains d’actionnaires privés. L’organisme Aéroports de Montréal (ADM) vaudrait à lui seul entre 1,3 et 2,9 milliards.

Les gouvernements doivent faire preuve d’une très grande prudence avec la privatisation des aéroports, car ce transfert de propriété « n’a pas encore rempli ses promesses à long terme », a martelé l’Association internationale du transport aérien (IATA) mardi à l’occasion de son assemblée annuelle.

Envisagée pendant un certain temps par Ottawa avant d’être mise entre parenthèses, la privatisation des aéroports a jusqu’ici couvert 14 % des installations du monde qui comptent pour environ 40 % du trafic.

« Nous vivons une crise des infrastructures », a dit le chef de la direction de l’IATA, Alexandre de Juniac. « Des gouvernements à court d’argent se tournent vers le secteur privé pour les aider à augmenter les capacités aéroportuaires dont nous avons grand besoin. »

« Les aéroports sont des infrastructures délicates. Il est important que les gouvernements adoptent une vision à long terme centrée sur des solutions qui vont offrir les meilleurs avantages économiques et sociaux. La vente des actifs aéroportuaires en vue d’obtenir à court terme une injection de fonds dans le trésor public est une erreur », a ajouté M. de Juniac. Les aéroports privatisés coûtent plus cher, selon l’IATA.

Ne rien exclure

Cette prise de position survient quelques jours après celle d’Airports Council International, qui a affirmé dimanche que tout effort « disproportionné » visant à « réglementer » ou à « contraindre » la place du privé dans les aéroports serait une grave erreur, car le trafic de passagers doit doubler d’ici 2030. « Il n’y a pas de modèle unique », a indiqué l’organisation.

La privatisation est un sujet chaud depuis quelques années. Une analyse publiée par l’Institut C.D. Howe a déjà estimé qu’Ottawa pourrait toucher de 7 à 17 milliards en remettant les aéroports du pays entre les mains d’actionnaires privés. L’organisme Aéroports de Montréal (ADM) vaudrait à lui seul entre 1,3 et 2,9 milliards.

Or, après des mois de réflexion, un processus impliquant notamment la commande d’une étude à Crédit Suisse, le ministre Garneau a indiqué aux aéroports canadiens à la fin du mois d’avril que, « pour le moment, l’examen de la privatisation par le gouvernement ne sera pas activement étudié ».

La tournure des événements a plu au Conseil national des lignes aériennes du Canada, dont le président a affirmé sur Twitter il y a cinq semaines qu’il s’agissait d’une « bonne nouvelle pour les voyageurs ».

Les aéroports canadiens sont régis par des organismes sans but lucratif qui versent un loyer et des taxes au gouvernement fédéral pour l’usage des terrains. Bien que certains aéroports se soient montrés extrêmement réfractaires à l’idée d’une éventuelle privatisation, ADM était ouvert à la réflexion.

Récemment, le p.-d.g. d’ADM, Philippe Rainville, a affirmé devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain que l’organisation demande à Ottawa de permettre l’ouverture du capital « et [de] nous donner l’occasion de regarder des modes alternatifs de financement ». À l’heure actuelle, les aéroports se financent par les cotisations de voyageurs et les loyers versés par les transporteurs, de même que par l’émission d’obligations sur les marchés.

Alléger les barrières

Par ailleurs, l’IATA demande aux gouvernements de trouver des moyens de faciliter la libre circulation des personnes, laquelle est actuellement ralentie par des obligations de visa ou diverses demandes de la part des États. La levée des restrictions permettrait la création de 2,6 millions d’emplois et des retombées touristiques de 89 milliards seulement dans la région Asie-Pacifique, a indiqué l’organisation en reprenant les conclusions de l’ONU et du World Travel Tourism Council.