Québec ouvre la porte à des mesures d’aide à l’industrie

Depuis la semaine dernière, le Canada, le Mexique et l’Union européenne ne sont plus exemptés des droits tarifaires d’importation de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Depuis la semaine dernière, le Canada, le Mexique et l’Union européenne ne sont plus exemptés des droits tarifaires d’importation de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

Si Québec se prépare à épauler les plus petits joueurs de l’industrie de l’aluminium visés par les droits tarifaires aux États-Unis, Ottawa commencera par analyser les effets de cette nouvelle dispute commerciale afin de déterminer quelle forme d’aide est la plus adéquate.

« Ce que je peux vous dire, c’est que nous ferons tout pour aider l’industrie [de l’acier et de l’aluminium] et les travailleurs », a affirmé le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne, lundi, à Montréal, dans le cadre d’un sommet sur l’aluminium.

Interrogé au cours d’une mêlée de presse, celui-ci n’a toutefois pas fourni d’échéancier ou d’exemple de l’appui qui pourrait être offert par le gouvernement Trudeau. M. Champagne a rappelé que son gouvernement avait déjà prouvé, dans le cadre de la dispute canado-américaine sur le bois d’oeuvre, qu’il avait à coeur le sort des travailleurs.

À Ottawa, lorsqu’il lui a été demandé si le gouvernement fédéral allait venir en aide à l’industrie, le premier ministre Justin Trudeau a précisé que, « comme j’ai dit plusieurs fois aux leaders de l’industrie de l’acier quand je leur ai parlé directement sur l’aluminium aussi, nous allons continuer d’être là pour les travailleurs. Nous sommes en train de regarder les différentes mesures possibles, mais je veux rassurer les travailleurs de l’acier et de l’aluminium [sur le fait] que nous allons être là pour eux. »

Depuis la semaine dernière, le Canada, le Mexique et l’Union européenne ne sont plus exemptés des droits tarifaires d’importation de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

De son côté, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a été plus directe en début de journée, signalant que Québec allait intervenir. « S’il y a un risque d’assister à des baisses de production ou des volumes d’exportation, nous serons là afin de nous assurer que les emplois sont maintenus », a-t-elle expliqué, dans le cadre de ses remarques visant à lancer la deuxième et dernière journée du sommet.

Une rencontre est prévue lundi prochain avec les acteurs du secteur pour vérifier que l’aide répond adéquatement aux besoins.

Québec compte adopter une approche similaire à celle mise en avant dans le conflit canado-américain sur le bois d’oeuvre, dans le cadre de laquelle jusqu’à 300 millions en prêts et garanties de prêt sont sur la table. Environ 20 demandes ont été envoyées au ministère de l’Économie, qui n’est pas encore intervenu.

L’industrie de l’aluminium discute avec Québec et Ottawa depuis quelques semaines afin de déterminer les moyens les plus efficaces pour épauler l’industrie, a de son côté expliqué le président de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC), Jean Simard. Contrairement aux producteurs primaires comme Rio Tinto, Alcoa et Aluminerie Alouette — qui exploitent neuf alumineries au Québec — les plus petits transformateurs n’ont probablement pas les liquidités nécessaires pour absorber le tarif de 10 %, estime M. Simard.

On pourrait devoir attendre « des jours, voire des semaines » avant de commencer à avoir une idée de l’ampleur et du type d’impact des tarifs américains, a-t-il expliqué. « On n’est pas le bois d’oeuvre. On est un marché de commodité. […] L’intelligence de l’approche du gouvernement, c’est de se garder une marge de manoeuvre pour bien saisir, bien comprendre les vrais enjeux pour les petites entreprises. [...] C’est complexe. On n’a jamais vécu cela. Il n’y a pas un manuel d’instruction qui vient avec le tarif. Il faut découvrir pour comprendre et comprendre pour intervenir. »

Plus de 1400 entreprises oeuvrent dans le domaine de la transformation de l’aluminium dans la province. Elles génèrent une partie des 10 000 emplois directs et 20 000 autres postes indirects rattachés à l’industrie du métal gris.

1400
Le nombre approximatif d’entreprises œuvrant dans le domaine de la transformation de l’aluminium au Québec

Dans l’immédiat, toutefois, le président de l’AAC ne s’attend pas à des pertes d’emplois dans l’industrie. « Clairement, ce qui est survenu la semaine dernière est une attaque directe à l’endroit de notre économie, et ce n’est pas raisonnable parce qu’on ne règle pas le vrai problème, a déploré Mme Anglade. Nous savons tous que l’enjeu principal est la production excédentaire chinoise. »