Changements climatiques: les investisseurs institutionnels réclament des gestes «urgents»

Un berger traverse un lac asséché en Inde.
Photo: Noah Seelam Agence France-Presse Un berger traverse un lac asséché en Inde.

La coalition des grands investisseurs institutionnels qui préconisent des gestes concrets dans la lutte contre les changements climatiques prend de l’ampleur : ils sont désormais 288 aux quatre coins du monde à réclamer des actions « urgentes » pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris.

Ces investisseurs, dont les actifs sous gestion totalisent 26 000 milliards $US, demandent par la même occasion aux gouvernements de forcer une meilleure divulgation des risques qui guettent les entreprises au chapitre des changements climatiques.

Publiée à l’approche de la réunion des pays du G7, la lettre est signée notamment par la Caisse de dépôt et placement du Québec, l’assureur allemand Allianz, l’assureur britannique Aviva, le régime québécois Bâtirente, le régime des employés du secteur public de la Californie (Calpers), la Banque de Montréal, la Banque Postale, la Banque HSBC, Manuvie, Addenda Capital, de même que des investisseurs italiens et danois.

« Nous sommes préoccupés du fait que l’implantation de l’accord de Paris prend du retard sur l’objectif convenu » de limiter à deux degrés le réchauffement de la planète et de mettre en oeuvre des efforts visant à le limiter à 1,5 degré Celsius, indique la lettre. On y suggère aussi l’élimination graduelle des subventions aux énergies fossiles, la fin des centrales au charbon et la tarification du carbone.

2020 comme date butoir

Les gouvernements et dirigeants devraient s’engager à implanter d’ici 2020 les recommandations mises en avant par le groupe de travail sur les divulgations financières, dirigé par Michael Bloomberg. Mais ils expriment également le souhait que d’éventuelles obligations de divulgation soient reprises par les organismes internationaux de normes.

Dévoilé en juin 2017, le rapport du groupe de travail suggérait ainsi que les entreprises devraient présenter aux investisseurs toute une brochette d’informations concernant leur manière d’aborder les changements climatiques, par exemple en matière de stratégie, d’indicateurs utilisés et de cibles à atteindre. Il ne précisait pas d’échéancier, mais souhaitait une mise en application « aussitôt que possible ».

Le rapport du groupe de M. Bloomberg a récemment reçu l’appui d’un certain nombre d’établissements financiers, dont la Banque CIBC et la Banque Scotia. La grappe Finance Montréal, au nom d’une trentaine de membres comme Desjardins et Jarislowsky Fraser, a aussi exprimé son appui à l’automne 2017.

La France, la Suède et le Royaume-Uni font déjà partie des pays qui ont publiquement salué les recommandations du groupe de travail, tout comme plusieurs regroupements de comptables un peu partout dans le monde.

Une récente analyse faite par l’Asset Owners Disclosure Project, par exemple, a conclu il y a deux semaines que neuf stratégies d’investissement sur dix dans le secteur de l’assurance « n’arrivent pas à s’aligner sur les » objectifs de la conférence de Paris. L’étude, menée conjointement avec le groupe britannique ShareAction, s’est penchée sur 80 assureurs mondiaux dont les actifs totalisent 15 000 milliards.

Élargissement des coalitions

L’explosion des coalitions à l’échelle mondiale et l’intégration des enjeux climatiques au sein des stratégies de gouvernance et de divulgation offrent un contraste saisissant avec la réalité d’un passé pas si lointain, quand les « investisseurs éthiques » figuraient parmi les seuls à exprimer ces inquiétudes de façon publique.

Le vent a commencé à tourner il y a un peu moins d’une dizaine d’années, à l’époque où le Carbon Disclosure Project prenait du galon. Le Harvard Business Review a d’ailleurs déjà conclu que le CDP, qui utilise les investisseurs comme levier en attendant que les gouvernements agissent, est « l’ONG écologiste la plus puissante dont vous n’avez jamais entendu parler ».