Bayer abandonne le nom Monsanto

Monsanto a été mêlée à toute une série de procédures judiciaires autour de scandales sanitaires et de nuisances à l’environnement.
Photo: Jonas Roosens / Belga / Agence France-Presse Monsanto a été mêlée à toute une série de procédures judiciaires autour de scandales sanitaires et de nuisances à l’environnement.

Le groupe allemand Bayer va supprimer la marque Monsanto dès qu’il aura racheté le géant américain des OGM et des pesticides, faisant ainsi disparaître un nom synonyme pour ses détracteurs des dérives de l’agrochimie.

« Bayer demeurera le nom de l’entreprise. Monsanto, en tant que nom d’entreprise, ne sera pas maintenu », a annoncé lundi le spécialiste allemand de la pharmacie et de l’agrochimie, qui compte boucler l’opération ce jeudi.

Le futur ensemble a beau conserver ses produits phares, dont l’herbicide au glyphosate commercialisé sous la marque Round Up, il se déleste avec Monsanto d’un terme qui cristallise depuis des décennies les protestations des défenseurs de l’environnement. Les salariés du groupe américain « sont fiers avant tout de leurs produits », et Monsanto avait même songé il y a des années à changer de nom, y renonçant « pour des questions de coûts », a assuré lundi Liam Condon, patron de la branche agrochimie de Bayer, lors d’une conférence téléphonique.

Bayer met en revanche en avant l’attachement des agriculteurs et professionnels aux marques comme Dekalb (semences de maïs, colza), Seminis (semences potagères) ou De Ruiter (semences potagères), qui ne seront donc pas rebaptisées.

Par ce toilettage a minima, le groupe allemand s’efforce de prendre ses distances avec l’image sulfureuse de sa cible, honnie des organisations paysannes comme des écologistes. Monsanto a aussi été mêlée à toute une série de procédures judiciaires autour de scandales sanitaires et de nuisances à l’environnement.

Mais sur le fond, Bayer prend le plus grand pari de son histoire en avalant le groupe de Saint-Louis pour près de 63 milliards de dollars, une somme sans précédent pour une acquisition d’un groupe allemand à l’étranger — dans le but de faire grossir sa branche agrochimie, second pilier du groupe après la pharmacie.

Pour boucler son plan de financement, Bayer a annoncé dimanche soir une augmentation de capital de 6 milliards d’euros et va également creuser sa dette de plus de 30 milliards de dollars, ce qui a incité lundi l’agence Standard and Poor’s à dégrader de « A- » à « BBB » sa note sur le crédit long terme du groupe.

En annonçant ce mariage géant en mai 2016, Bayer tablait sur la nécessité d’une agriculture plus intensive, puisque la planète devrait compter près de dix milliards d’habitants en 2050 sans que les terres arables puissent être étendues dans les mêmes proportions. L’entreprise Monsanto, fondée en 1901 par le chimiste John Francis Queeny, s’est concentrée à partir des années 1990 sur la chimie agricole, en se spécialisant dans les produits phytosanitaires et des semences.

Les autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe ont déjà donné leur feu vert à l’opération tout en imposant d’importantes cessions d’activités au rival allemand BASF, pour une valeur de près de 11,5 milliards de dollars canadiens.

Le géant de l’agrochimie, basé sur les semences et les produits chimiques et la protection biologique des cultures, affiche un chiffre d’affaires cumulé de près de 20 milliards d’euros (30 milliards de dollars canadiens), en tenant compte des cessions d’activités à BASF qui pèsent pour environ 2 milliards d’euros (3 milliards de dollars). Le futur ensemble va devancer des concurrents du secteur qui ont récemment fusionné, le chinois ChemChina avec le suisse Syngenta et les géants américains Dow et DuPont.

Bayer va notamment mettre la main sur le glyphosate, herbicide controversé dont le caractère cancérogène fait l’objet d’études contradictoires. Le gouvernement français s’est récemment engagé à cesser d’utiliser cette substance d’ici 2021, sans pour autant inscrire l’interdiction dans la loi.

« Pour nous, Monsanto s’appelle désormais Bayer », a réagi auprès de l’AFP l’association écologiste Bund. Et si le groupe allemand veut « se défaire de la mauvaise réputation » de sa cible, « il doit agir autrement », par exemple en cessant de vendre du glyphosate ou en arrêtant « ses activités de lobbying pour déréguler les nouvelles techniques génétique ». L’association Greenpeace appelle également à un « changement fondamental dans la politique commerciale de la nouvelle méga-entreprise », mais redoute déjà « le pouvoir et l’influence croissants » du futur mastodonte.

« Nous allons écouter ceux qui nous critiquent et travailler ensemble », mais « le progrès ne doit pas être stoppé en raison d’un renforcement des fronts idéologiques », avait déclaré plus tôt Werner Baumann, p.-d.g. de Bayer.