Le spectre d’une guerre commerciale entre Washington et Ottawa sème la consternation chez les entreprises américaines

Le bourbon est une industrie de 8,5 milliards au Kentucky, qui soutient 17 500 emplois dont la rémunération annuelle atteint 800 millions.
Photo: Luke Sharrett Getty Images / AFP Le bourbon est une industrie de 8,5 milliards au Kentucky, qui soutient 17 500 emplois dont la rémunération annuelle atteint 800 millions.

La tension commerciale entre Washington et Ottawa cause de grandes inquiétudes aux États-Unis, où des regroupements multiplient les déclarations négatives depuis les premiers échanges de coups survenus jeudi.

Des acheteurs de métaux aux distillateurs du Kentucky en passant par les agriculteurs, de nombreux regroupements affirment que personne ne veut d’une guerre commerciale et que le protectionnisme du gouvernement Trump causera probablement l’effet contraire à celui qui est voulu.

« Le bourbon est une industrie de 8,5 milliards au Kentucky, qui soutient 17 500 emplois dont la rémunération annuelle atteint 800 millions, a écrit l’association des distillateurs du Kentucky. Nous gardons espoir que les négociations continues permettront d’éviter une coûteuse guerre commerciale et de protéger nos alliés et partenaires partout dans le monde. »

Quand Washington a annoncé ses tarifs sur l’acier et l’aluminium en mars, le gouvernement Trump a épargné le Canada, le Mexique et l’Europe. Jeudi matin, il a décidé de laisser l’exemption temporaire venir à échéance, déclenchant du coup des sanctions de 10 % sur l’aluminium et de 25 % sur l’acier.

La réplique a été immédiate : Ottawa a dévoilé une liste de produits américains sur lesquels des tarifs pourraient s’appliquer dans 30 jours. Des produits, dans plusieurs cas, provenant d’États dont sont issus de hauts gradés républicains. Par exemple, l’Europe souhaite appliquer des tarifs aux motos Harley-Davidson.

Monde agricole

Mais les sanctions canadiennes envisagées, qui atteindront 16,6 milliards, pourraient également cibler la pizza, la quiche, les concombres, les cornichons, diverses confitures et des condiments comme le ketchup et la mayonnaise. Une liste qui fait craindre le pire aux agriculteurs.

« Le libre commerce est une signature des relations commerciales américaines depuis des décennies, souvent à un coût considérable pour nos fermiers et notre économie », a écrit la National Farmers Union. Celle-ci appuie les efforts de Trump visant à « aborder les pratiques déloyales », mais elle doute de la voie protectionniste.

« Ces tarifs qui s’appliquent un jour et ne s’appliquent plus le lendemain causeront probablement le contraire de l’effet souhaité », a ajouté le regroupement agricole. « L’agriculture est toujours la première victime de sanctions douanières, et c’est encore le cas ici. » D’autant plus que les prix sont déprimés et que les revenus agricoles affichent leur plus bas niveau en 12 ans, a-t-il précisé.

S’ils étaient appliqués, les tarifs canadiens sur l’acier américain seraient de 25 %, contre 10 % sur l’aluminium. Un regroupement d’acheteurs de métaux a rappelé qu’en 2002, dernière fois que les États-Unis ont déployé des tarifs sur l’acier, 200 000 emplois ont disparu dans l’industrie américaine. « Les conséquences des tarifs actuels pourraient être plus graves encore pour les entreprises américaines, car les tarifs de 2002 ne s’appliquaient pas au Canada et au Mexique », a écrit la Coalition of American Metal Manufacturers and Users, qui affirme représenter 30 000 compagnies et un million de travailleurs.

L’effet des politiques commerciales de Trump sur l’ensemble de l’économie américaine, qui affiche une croissance vigoureuse ces jours-ci, pourrait carrément mettre en péril 2,6 millions d’emplois, selon une note interne de la Chambre de commerce des États-Unis obtenue par CNN jeudi. Selon le document, le retrait de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à lui seul menacerait 1,8 million de postes, comparativement à 134 000 emplois pour les sanctions contre la Chine, à 470 000 emplois pour l’acier et l’aluminium et à 157 000 pour les tarifs sur le secteur automobile.