Le Canada sera-t-il l’hôte d’un G6 contre 1?

Les États-Unis de Donald Trump ne sont pas les seuls au G7 à penser qu’ils peuvent être plus forts seuls qu’au sein d’une alliance de pays aux intérêts communs.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse Les États-Unis de Donald Trump ne sont pas les seuls au G7 à penser qu’ils peuvent être plus forts seuls qu’au sein d’une alliance de pays aux intérêts communs.

Le G7 n’est plus le club des économies les plus influentes du monde depuis longtemps. Mais est-il seulement encore un club ?

L’événement n’avait rien de tellement étonnant, mais l’image reste frappante et n’est pas rassurante pour le Canada, qui met la dernière main à l’organisation d’une petite fête de famille, la semaine prochaine, à La Malbaie, dans Charlevoix.

En tombée de rideau, mercredi, de la réunion annuelle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), tous les pays membres de ce que l’on présente souvent comme le club des pays développés ont signé un communiqué final condamnant le protectionnisme et rappelant l’importance des enjeux des changements climatiques. Tous ? Ce n’est pas tout à fait exact. Ils ont été plutôt 33 pays sur 34 à poser leurs griffes sur le document, le géant américain choisissant de faire bande à part. « Nous n’aimons pas les palabres infinies, nous préférons les actions bilatérales pour négocier. Les réunions multilatérales prennent beaucoup de temps et nous sommes animés d’un sentiment d’urgence », a expliqué le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, lui-même occupé, à ce moment-là, à prêter la dernière main à l’annonce de l’imposition, le lendemain, de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium de la plupart des autres pays autour de la table.

Trouble-fête

Cette défiance envers les membres de l’OCDE de la première économie mondiale ne présage rien de bon pour le sommet du G7 de la semaine prochaine au Québec. Né G6, en 1975, à l’initiative du président français Valéry Giscard d’Estaing, avec dans ses rangs les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie, le forum était devenu G7 dès l’année suivante avec l’ajout du Canada, pour que les Américains ne soient pas seuls de leur continent, puis s’est fait G8 après l’effondrement du bloc soviétique, jusqu’à ce que la Russie se distancie trop de l’économie de marchée, de la démocratie représentative et des intérêts géostratégiques des sept autres pour pouvoir rester dans la bande.

Créées à l’origine pour donner une occasion aux dirigeants des principaux pays industriels libres de se réunir et de discuter de façon ouverte et détendue des principaux problèmes économiques de l’heure, les rencontres annuelles de ce club sélect ont rapidement pris, plutôt, des allures de grande messe du capitalisme où les questions économiques ont graduellement cédé le pas aux enjeux de nature politique.

S’il fut une époque où le G7 pouvait passer pour ce qu’on avait de plus près d’un gouvernement du monde — ou à tout le moins de ce qu’on appelait « le monde libre » —, il a graduellement perdu de l’influence avec l’entrée sur scène et le développement rapide de nouvelles puissances. Qui penserait aujourd’hui que la réunion de ces sept pays seulement serait suffisante pour discuter d’enjeux de l’heure comme le commerce, la lutte contre le terrorisme, la protection de l’environnement et les paradis fiscaux ? Un autre forum a été inventé durant la Grande Récession pour combler cette lacune, le G20, qui se rapproche déjà plus d’un véritable gouvernement mondial et auquel appartiennent notamment des acteurs incontournables comme la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud.

Famille désunie

Cette évolution conforte le G7 dans son rôle de lieu de concertation et de coordination entre un nombre restreint de pays développés influents. Pour exercer cette influence, les membres de ce petit groupe de gros joueurs doivent convenir de positions communes qu’ils défendront ensemble dans l’arène internationale. Pour autant qu’on puisse en juger compte tenu des revirements continuels d’opinion du président américain, la présence à la fête au Manoir Richelieu de Donald Trump empêchera le G7 de présenter une position commune en matière de changement climatique, bien sûr, mais aussi de commerce, même si tout le monde autour de la table devrait normalement y avoir plus d’intérêts en commun que le contraire, face à des puissances comme la Chine notamment. On ne s’entendra probablement pas non plus sur des enjeux géopolitiques de l’heure, comme le programme nucléaire iranien, la Russie ou la Corée du Nord. Par ailleurs, les États-Unis ne devraient normalement pas s’opposer à la volonté du Canada de faire avancer les questions de promotion de l’émancipation des femmes, d’aide aux simples travailleurs et à leurs familles à profiter eux aussi des nouvelles technologies ou encore de diminution de la pollution plastique, mais on ne sait jamais.

Cette incapacité des économies développées à bouger ensemble, même seulement à sept pays, ne peut pas être interprétée comme le signe d’une influence grandissante sur la scène internationale, même pour les États-Unis. Les États-Unis de Donald Trump ne sont pas les seuls au G7 à penser qu’ils peuvent être plus forts seuls qu’au sein d’une alliance de pays aux intérêts communs. La première ministre britannique Theresa May représentera à La Malbaie un pays qui en avait soupé d’être soumis à des règles fixées à plusieurs pays européens. L’Italie n’est pas loin non plus de cette situation, elle qui vient tout juste de se donner un premier ministre issu d’un gouvernement d’union entre un mouvement antisystème et un parti d’extrême droite, eux aussi opposés à l’Union européenne.