Qui voudra bien acheter Trans Mountain?

Donna Oleksiuk a démontré son opposition au projet d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, mardi, lors d’une manifestation à Vancouver.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne Donna Oleksiuk a démontré son opposition au projet d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, mardi, lors d’une manifestation à Vancouver.

Qui pourrait bien vouloir acheter un oléoduc et dépenser quelques milliards de plus pour achever son projet d’expansion ? Si des hypothèses mentionnent déjà des noms comme Enbridge ou TransCanada, il reste que les entreprises potentiellement intéressées ne courent pas les rues, estime un expert selon lequel Ottawa devra peut-être faire avancer la construction lui-même pour attirer les offres.

« La liste est relativement courte », a indiqué en entrevue Joseph Doucet, doyen de la Faculté d’administration de l’Université de l’Alberta et expert des enjeux énergétiques. « Pour l’instant, s’il voulait vendre le pipeline dans les prochains mois, je crois qu’il n’y aurait pas d’acheteurs. […] Je pense qu’Ottawa a tout intérêt à s’assurer que le pipeline peut être construit et être fonctionnel, dans un premier temps. Après ça, il travaillera davantage sur la vente. »

L’annonce du gouvernement fédéral, qui s’engage à verser à Kinder Morgan une somme de 4,5 milliards s’il n’arrive pas à dénicher un acheteur d’ici le mois d’août, a déclenché un torrent d’hypothèses sur les investisseurs susceptibles de vouloir mettre la main sur le tuyau existant et son projet d’expansion. Ou, à tout le moins, prendre une participation minoritaire.

Contactées par Le Devoir, la Banque TD et la Banque Royale, qui figurent déjà parmi les grands prêteurs du projet Trans Mountain, ont toutes deux refusé de commenter.

Quant à Enbridge, sa direction des communications s’est limitée à une brève déclaration. « Enbridge se concentre sur son programme de 22 milliards axé sur la croissance », a indiqué l’entreprise par courriel. Trans Mountain « n’est pas notre projet et nous n’allons ni commenter ni spéculer à son sujet ».

Investisseurs à long terme

Les régimes de retraite et les investisseurs institutionnels figurent probablement au rang de ceux qui pourraient vouloir y investir quelque chose, a indiqué au Globe and Mail l’ex-premier ministre du Nouveau-Brunswick Frank McKenna, qui est vice-président du conseil de la TD. Lorsque le projet sera purgé de son « risque politique », les actifs vaudront leur pesant d’or, car ils généreront des flux financiers à très long terme.

« Ce n’est pas nécessairement facile d’exploiter un pipeline », a dit M. Doucet, car cela implique un savoir-faire que certains investisseurs, comme des régimes de retraite, n’ont tout simplement pas. Ceux-ci seraient contraints de se joindre à un spécialiste, comme Enbridge ou TransCanada, dit-il. Il n’est pas exclu que des joueurs internationaux soient intéressés un jour.

La somme de 4,5 milliards porte sur les infrastructures existantes, construites en 1953. Tourné vers les marchés d’exportation, le projet d’expansion pourrait coûter 7,4 milliards, selon les chiffres de Kinder Morgan. Il ferait passer la capacité de l’oléoduc de 300 000 barils par jour à 890 000. La compagnie a déjà dépensé plus d’un milliard sur le projet.

Selon l’agence de presse Reuters, les contrats que Kinder Morgan a signés avec les producteurs pétroliers albertains qui se serviront du pipeline contiennent des dispositions visant à protéger l’entreprise texane si jamais le projet n’allait pas de l’avant.

En gros, ces producteurs s’engagent à assumer 80 % du coût des investissements, ce qui se fera par le biais des redevances sur le tuyau actuel.

Prix payé par Ottawa

À l’heure actuelle, le fonctionnement de l’oléoduc existant vaut environ 7 $ dans le cours de l’action de Kinder Morgan Canada, selon une analyse de la Banque Royale citée par le Globe, alors que l’investissement dans le projet se chiffre à 3 $. Dans ses documents publiés mardi, Kinder Morgan a dit que le prix de 4,5 milliards consenti par Ottawa équivaut à 12 $ par action, après impôts. L’écart se chiffrerait donc à 1,2 milliard.

À la Bourse de Toronto, l’action de Kinder Morgan Canada a ouvert la journée de mardi à 18 $, mais elle a depuis dégringolé de 11 % à 15,95 $.