Le chemin vers une croissance inclusive et durable est ardu

La proportion d’enfants inscrits à la garderie a connu une belle augmentation depuis 2004, mais les enfants issus d’un milieu défavorisé accusent souvent à l’adolescence au moins un an de retard scolaire sur ceux venant des familles plus riches.
Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-Presse La proportion d’enfants inscrits à la garderie a connu une belle augmentation depuis 2004, mais les enfants issus d’un milieu défavorisé accusent souvent à l’adolescence au moins un an de retard scolaire sur ceux venant des familles plus riches.

Les pays développés viennent de se doter d’un tableau de bord muni de plus d’une vingtaine de cadrans mesurant leurs progrès vers un développement économique plus inclusif et plus durable. Or, la majorité des aiguilles ne va pas dans la bonne direction, rapporte l’OCDE.

Les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont convenu l’an dernier que, pour être durable, la croissance économique devait profiter à tous, et notamment aux 40 % de plus démunis de leurs sociétés. Pour s’aider dans leur tâche, ils ont demandé à l’OCDE de leur élaborer un cadre d’action qui viendrait avec 24 indicateurs de performance permettant de mesurer les progrès réalisés. Les experts du club des pays riches ont remis leur devoir mardi, dans lequel on pouvait non seulement constater l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir, mais aussi qu’on continue souvent à aller dans la mauvaise direction.

Ainsi, la croissance économique par habitant a généralement été en hausse dans les pays de l’OCDE ces dernières années, mais cela s’est souvent traduit, pour la majorité de la population, par des hausses réelles de revenus plus faibles que celles des plus riches, voire nulles. En 2015, les 40 % des moins fortunés détenaient en moyenne encore seulement 3 % de l’ensemble de la richesse de leur pays contre la moitié pour les 10 % des plus riches. La proportion d’enfants inscrits à la garderie a connu une belle augmentation depuis 2004 (de 28 % à 35 %), mais le futur statut socioéconomique d’un enfant continue d’être fortement déterminé (pour près de 40 %) par celui de ses parents, les enfants issus d’un milieu défavorisé accusant souvent à l’adolescence au moins un an de retard scolaire sur ceux venant des familles plus riches et ayant seulement 18 % de chances de poursuivre une carrière scientifique.

L’espérance de vie continue d’augmenter et s’élève désormais en moyenne à 81 ans dans les pays de l’OCDE, mais continue de varier beaucoup entre les niveaux de revenus et certaines régions à l’intérieur des pays. La mortalité attribuable à la pollution de l’air est aussi en hausse, alors que le retard salarial des femmes recule légèrement, que le travail précaire augmente et que la confiance dans les gouvernements dégringole.

Pour le principe… et la croissance

L’OCDE rappelle qu’il en va non seulement du respect des principes d’équité et de justice sociale, mais aussi de la simple promotion de la croissance économique à long terme. La pollution et la marginalisation de pans entiers de la population équivalent, dit-elle, au gaspillage d’un précieux capital naturel et humain qui finit par se payer en perte de croissance économique et de revenus pour l’État. Elles sont susceptibles également de nourrir une frustration et une colère populaires qui peuvent amener des gouvernements à prendre des décisions économiques mal avisées.

« Il est fondamental que les pays progressent dans leurs initiatives visant à transformer la croissance économique en amélioration des niveaux de vie pour tous », a déclaré la responsable de l’Initiative pour la croissance inclusive à l’OCDE, Gabriela Ramos. « L’analyse [dévoilée mardi] montre que, lorsque les politiques ciblées sur les plus désavantagés atteignent leurs objectifs, la société dans son ensemble enregistre une hausse de la prospérité et du bien-être. » Aussi, l’OCDE voudrait-elle que ses pays membres profitent de l’actuelle période de prospérité pour adopter les réformes nécessaires pour se rapprocher de cet objectif.

Le meilleur comme le pire

Au fil du rapport de l’OCDE, le Canada apparaît souvent dans la moyenne, mais se démarque parfois, pour le meilleur comme pour le pire. La part des revenus accaparée par le 1 % des plus riches y est, par exemple, plus élevée que dans la majorité des pays de l’OCDE, tout comme pour les inégalités entre ses régions en matière aussi bien de richesse que d’espérance de vie, mais ses mécanismes de redistribution de la richesse semblent avoir pâti de la dernière période d’affaiblissement. Ses entreprises semblent, généralement, offrir de meilleures conditions de travail à leurs employés, mais les femmes y accusent un retard salarial sur les hommes plus élevé. En 2016, il était l’un des pays où le niveau de confiance dans le gouvernement était le plus élevé et avait le plus augmenté depuis 10 ans.