La crise politique italienne ravive le spectre de la crise de la dette

La Bourse de New York a également été ébranlée mardi par les effets de la crise politique italienne.
Photo: Richard Drew Associated Press La Bourse de New York a également été ébranlée mardi par les effets de la crise politique italienne.

Le spectre de la crise de la dette revient en Europe du Sud, avec des marchés qui buvaient la tasse mardi, pénalisés par la crise politique italienne.

La troisième économie de la zone euro est plongée dans l’incertitude avant la formation du gouvernement de l’économiste Carlo Cottarelli, que les partis populistes ont annoncé vouloir rejeter pour revenir au plus vite devant les urnes.

Face à cette situation, les taux d’intérêt du pays se sont tendus de façon importante, entraînant dans leur sillage ceux de ses voisins espagnols, portugais et grecs. En outre, les Bourses européennes étaient malmenées. Mardi, l’indice Mib à Milan perdait 1,5 %, l’Ibex35 à Madrid lâchait 2 %, tandis que le CAC40 à la Bourse de Paris baissait de 0,9 %, le FTSE100 à Londres de 1 % et que le Dax s’affaissait de 1 %.

La Bourse de New York a également été ébranlée mardi par les effets de la crise politique italienne, qui a touché de plein fouet les valeurs bancaires à Wall Street en faisant chuter les taux d’intérêt américains. Son indice vedette, le Dow Jones, a cédé 1,6 % à 24 361,45 points après avoir chuté de plus de 2 % en cours de séance. L’indice élargi S&P 500 a perdu 1,2 % à 2689,86 points. Cette baisse a été entraînée par le repli des grandes banques américaines, le secteur représentant les valeurs financières au sein du S&P 500 dégringolant de 3,4 %.

Si la page de la crise de la dette semble tournée, les dernières évolutions de la situation politique italienne commencent à raviver son souvenir. « Nous observons aujourd’hui un vrai phénomène de panique sur l’Italie ainsi qu’une petite contagion sur les autres pays qui commence à devenir inquiétante », a commenté auprès de l’AFP Gilles Pradere, gérant obligataire senior de RAM Active Investments, basé à Genève.

Les investisseurs s’inquiètent déjà du résultat des nouvelles élections italiennes, qui auront lieu vraisemblablement à l’automne ou « au plus tard » début 2019. « La probabilité de se retrouver dans la situation initiale, avec une réunion des extrêmes », renforce les craintes « sur le maintien de l’Italie dans la zone euro », a estimé auprès de l’AFP Jean-François Robin, un stratégiste obligataire de Natixis.

En outre, « les élections pourraient avoir lieu au moment où la BCE met un terme à son programme de Quantative Easing », c’est-à-dire de rachat d’actifs, ce qui renforcera la méfiance des investisseurs, a souligné Antonio Cesarano, directeur de la stratégie globale à Intermonte.

Les marchés surveillaient également la situation politique en Espagne, où les socialistes ont déposé vendredi une motion de censure pour tenter de renverser le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. « Il n’y a aucun risque qu’un parti avec une idéologie similaire à celle que l’on voit en Italie [antisystème] puisse arriver au pouvoir », même si la motion de censure renversait le gouvernement Rajoy en fin de semaine, a affirmé à l’AFP Antonio Sales, analyste chez XTB Broker.

Nous observons aujourd’hui un vrai phénomène de panique sur l’Italie ainsi qu’une petite contagion sur les autres pays qui commence à devenir inquiétante

Selon les spécialistes, l’Espagne était ainsi essentiellement victime de la contagion par l’Italie. « Il faut aussi prendre en compte le fait que les marchés avaient beaucoup grimpé [ces dernières semaines], près de leurs plus hauts niveaux », a souligné Nuria Alvarez, analyste chez Renta 4.

« Nous sommes sur une crise très italienne, beaucoup plus qu’en 2011-2012, ce sont les problèmes italiens qui se propagent aux dettes des autres pays alors que l’économie va bien », a commenté M. Robin, de Natixis. « C’est l’Italie qui déclenche un risque politique sur la zone euro, ce n’est plus un risque financier ou bancaire », a-t-il souligné.

Depuis la crise de 2011, « l’Europe a mis en place différents instruments pour éviter une contagion rapide », a rappelé M. Pradere de RAM Active Investments. Pour l’heure, « l’économie opère de façon relativement normale », selon lui.

Étant donné que la crise est récente, les entreprises ayant besoin de financement peuvent différer leurs émissions d’obligations, a expliqué le spécialiste. « Mais si elle dure et que les conditions de financement se resserrent énormément, ça amènera une réponse de la Banque centrale européenne, qui ne peut toutefois pas tout maîtriser », a-t-il détaillé.