Canopy Growth veut faire du Québec la plaque tournante de son cannabis biologique

Les installations de 700 000 pieds carrés devraient permettre à Canopy Growth de produire 60 000 kilogrammes de cannabis par an.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Les installations de 700 000 pieds carrés devraient permettre à Canopy Growth de produire 60 000 kilogrammes de cannabis par an.

Canopy Growth, qui se décrit comme la plus importante compagnie de l’industrie canadienne du cannabis, veut devenir un leader mondial en faisant du Québec la plaque tournante de sa production biologique.

La société ontarienne inscrite à la Bourse de Toronto depuis juillet 2016 et à celle de New York depuis jeudi a annoncé en décembre dernier qu’elle exploitera les Serres Stéphane Bertrand situées à Mirabel par l’entremise d’une nouvelle coentreprise, Vert Mirabel.

Lorsqu’elle aura obtenu son permis de Santé Canada, qu’elle espère recevoir sous peu, la compagnie compte y produire du cannabis biologique plutôt que des tomates, comme c’était le cas jusqu’à maintenant.

« Nous allons produire beaucoup plus de cannabis à cet endroit que nous serons en mesure d’en vendre au Québec, donc je crois que ça va devenir le moteur de notre production biologique qui va alimenter toutes les autres provinces », a affirmé jeudi le président-directeur général de Canopy Growth, Bruce Linton, en entrevue au Devoir lors de son passage à la conférence C2 Montréal.

Les installations de 700 000 pieds carrés devraient permettre à Canopy Growth de produire 60 000 kilogrammes de cannabis par an, alors que l’entreprise ne fournira que 12 000 kg de marijuana par année pendant trois ans à la future Société québécoise du cannabis.

Le Québec pourrait donc jouer un rôle important dans la stratégie de Canopy Growth, qui mise en bonne partie sur la production biologique pour se différencier et revendiquer le titre de leader mondial.

« Je pense que le cannabis biologique va prendre une place importante parce que les gens portent attention à ce qu’ils consomment », estime M. Linton.

La fin du marché noir ?

Le patron du géant canadien du cannabis croit que la légalisation de la drogue au pays, qui devrait se faire à la fin de l’été au plus tôt, portera un dur coup au marché noir parce que les consommateurs voudront savoir ce que contiennent les produits qu’ils achètent, mais aussi parce que les nouvelles règles rendront la vente illégale plus risquée.

Pour ce qui est de la compétition, M. Linton est persuadé que Canopy Growth pourra tirer son épingle du jeu malgré l’annonce, la semaine dernière, de la fusion de deux importants joueurs canadiens du cannabis médical, Aurora et MedReleaf.

« Les gros vont être gros, les petits vont être petits et ceux qui se trouvent entre les deux vont disparaître », prédit-il.

Éviter l’uniformité

Cette consolidation du marché inquiète l’Américaine Beth Schechter, elle aussi présente à C2 Montréal. Cette auteure et artiste de l’Oregon, où le cannabis est légal depuis 2015, craint que l’émergence d’une poignée de gros joueurs nuise aux plus petits et entraîne une uniformisation des produits offerts aux consommateurs.

« Les joueurs avec plus d’argent et plus de ressources seront en mesure de se conformer aux normes plus facilement, ce qui ne sera pas nécessairement le cas des plus petits producteurs qui ont moins d’argent », dit celle qui a mis sur pied l’Open Cannabis Project.

Ce projet consiste en une plateforme permettant de cataloguer les différentes souches de cannabis existantes, afin de protéger la biodiversité de la plante.

Mme Schechter espère que le marché canadien du cannabis laissera suffisamment de place aux petits producteurs, à la manière des microbrasseurs qui affrontent les multinationales de la bière.

Technologies : Chelsea Manning sert une mise en garde

Chelsea Manning, une militante transgenre qui s’est fait connaître en transmettant plus de 700 000 documents confidentiels à WikiLeaks en 2010, a profité d’une conférence prononcée jeudi dans le cadre de C2 Montréal pour servir une mise en garde.

« Il faut comprendre qu’en mettant au point différents outils technologiques, on peut créer un grille-pain connecté, mais un même algorithme peut être exploité de la mauvaise façon », a-t-elle affirmé.

« On se concentre aujourd’hui sur les possibilités qu’offrent les technologies, mais on devrait aussi s’interroger sur les obligations éthiques liées au développement de systèmes qui affectent des millions de personnes », a-t-elle ajouté en évoquant notamment les biais liés au genre ou à la race.