Un jugement sur les salaires des étudiants inquiète les employeurs

Le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval

Des employeurs se disent inquiets des répercussions que pourrait avoir un récent jugement du Tribunal des droits de la personne, qui a statué qu’ABI ne pouvait verser un taux de salaire moindre aux étudiants qu’elle embauche s’ils font un travail équivalent à ses autres travailleurs.

Le 11 mai dernier, le Tribunal a même ordonné à l’Aluminerie de Bécancour de verser 1000 $ à titre de dommages moraux à chacun des étudiants concernés, en plus de leur verser des dommages matériels pour la perte de salaire subie pendant toute la période d’emploi. Le Tribunal a également ordonné de modifier la convention collective afin d’éliminer la clause qui prévoit une distinction salariale fondée sur le statut d’étudiant. Le contrat de travail devra être modifié afin de le rendre conforme à la Charte des droits et libertés de la personne, qui prévoit un salaire équivalent pour un travail équivalent.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne mercredi, le président-directeur général du Conseil du patronat du Québec, Yves-Thomas Dorval, a indiqué qu’il s’agissait là d’« un sujet de grande préoccupation pour plusieurs employeurs. Il y a un risque éventuel qu’il y ait beaucoup d’employeurs qui soient exposés à la même problématique et c’est dommage. C’est dommage pour les étudiants, d’abord, parce que pour les étudiants, c’est une occasion extraordinaire d’aller chercher une expérience de travail et une rémunération d’appoint. Et pour les employeurs, ça va retirer une certaine marge de manoeuvre, par exemple pour les périodes de vacances ou les absences ».

Réplique du Syndicat des Métallos

Pour le directeur québécois du Syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, Alain Croteau, le jugement est clair. « Je pense que ça touche tout le monde : il ne doit pas y avoir de discrimination en fonction de l’âge ou du statut social ; c’est ce que la décision vient dire […] », a-t-il dit.

Mais M. Dorval doute que les tâches soient les mêmes. « […] Il serait difficile d’imaginer qu’une personne sans expérience peut faire exactement les mêmes tâches et qu’elle ne nécessite pas davantage de supervision qu’un travailleur qui est là sur une longue période. » M. Croteau réplique qu’on parviendra à évaluer et à comparer les tâches, comme on l’a fait pour les travailleuses avec le dossier de l’équité salariale.