«Le mythe start-up»: s’inscrire à un concours de «pitchs» et y perdre 3000$

La Journée démo Montréal, organisée par plusieurs accélérateurs de la métropole, est l’un des plus importants concours de «pitchs» qui ont lieu chaque année à travers le Québec.
Photo: Organisation Journée Démo Montréal 2017 La Journée démo Montréal, organisée par plusieurs accélérateurs de la métropole, est l’un des plus importants concours de «pitchs» qui ont lieu chaque année à travers le Québec.

Pour découvrir la face cachée du monde des entreprises en démarrage, Le Devoir vous présente Le mythe start-up, un balado qui franchit chacune des étapes du véritable parcours d’un entrepreneur, ici à travers l’histoire du cofondateur de Clinia.ca, Simon Bédard. Dans le quatrième épisode diffusé jeudi, les concours de pitchs, ces compétitions prestigieuses qui peuvent vous rapporter gros… ou vous faire perdre votre temps.

Si l’entrepreneuriat connaît un regain de popularité par les temps qui courent, c’est en grande partie grâce à ces concours où les entrepreneurs montent sur scène à tour de rôle et disposent de seulement quelques minutes pour démontrer que leur produit vaudra bientôt des millions de dollars.

Simon Bédard, le cofondateur de Clinia.ca, ne fait pas exception. Comme pratiquement tous les membres de l’écosystème québécois des start-up, il a tenté sa chance en participant à une foule de compétitions à travers le Québec, dans l’espoir de gagner argent et notoriété.

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Il a parfois remporté les grands honneurs, d’autres fois non, mais comme il le raconte dans le quatrième épisode du Mythe start-up, une expérience lui a laissé un goût amer et a bien failli nuire à sa jeune entreprise.

Alors qu’il participait à une compétition organisée à Montréal, il a découvert qu’une des juges à qui il venait de transmettre des informations privilégiées sur sa compagnie investissait déjà dans une entreprise concurrente. Résultat : il a mis en demeure la juge en question pour l’empêcher d’utiliser ces informations critiques.

« En gros, il y a eu beaucoup de stress pour ce concours-là dans le but d’aller chercher 2000 $. Et finalement, ça nous a coûté 3000 $ d’avocats pour la mise en demeure, l’affidavit et la présence en cour », raconte Simon.

Utile ou non ?

Alors, ces concours de pitchs en valent-ils la peine ? Pas toujours, font valoir les experts de l’écosystème des entreprises en démarrage dans ce quatrième épisode.

« Être bon en pitch et gagner un concours, ça ne fait pas une business, soutient Richard Chénier, le directeur général du Centech. Je préfère quelqu’un qui pitch mal mais qui livre, que quelqu’un qui pitch bien, qui gagne tous les concours, mais qui ne livre rien. »

« Amener quelqu’un sur une scène et le faire pitcher devant 800 personnes, ça met les gens sur un piédestal, mais ce n’est pas la réalité, renchérit Béatrice Couture, la directrice générale de l’accélérateur InnoCité Montréal. Après, tu es dans ton sous-sol, il faut que tu parles aux investisseurs, il faut que tu fasses ton pitch dans une salle de conférence et il faut que tu en closes des deals. »

Inspiration américaine

Des dizaines de concours de pitchs ont lieu chaque année à travers le Québec. Certains rassemblent des entreprises locales, alors que d’autres attirent les compagnies les plus prometteuses de la province. L’un des plus importants est la Journée démo Montréal, organisée par plusieurs accélérateurs de la métropole, dont le Centech (École de technologie supérieure), District 3 (Université Concordia) et l’Esplanade.

Cet événement, comme bien d’autres, est inspiré du Y Combinator, un accélérateur américain fondé en 2005 par un groupe mené par Paul Graham. Au fil des ans, son équipe et lui ont bâti une structure d’accompagnement des entreprises en démarrage qui est désormais reproduite partout dans le monde : les start-ups obtiennent du soutien pendant quelques mois, après quoi ils doivent présenter leur entreprise devant un parterre d’investisseurs et d’entrepreneurs influents. C’est le très couru Demo Day.

« Il y a environ une dizaine d’années, à Montréal et un peu partout en Amérique du Nord, les entrepreneurs ne pitchaient pas publiquement, parce qu’on ne voulait pas se faire voler son idée, rappelle Marc-Antoine Ducas, un entrepreneur en série qui a notamment fondé l’entreprise Netlift. Le modèle de Paul Graham a fonctionné et aujourd’hui, on a créé une sorte de méthode, mais c’est devenu un star-système. Et surtout, il y a beaucoup de gens qui confondent la méthode et l’entrepreneuriat : pour eux, tout ce processus est une mesure de succès. Mais non, le travail ne fait que commencer. »