Les revenus issus de la tarification du carbone ont gagné 50% en 2017

Le plan canadien prévoit que le prix du carbone passera graduellement de 10$ à 50$ la tonne.
Photo: Mark Wilson Getty Images / Agence France-Presse Le plan canadien prévoit que le prix du carbone passera graduellement de 10$ à 50$ la tonne.

Les sommes prélevées par la tarification du carbone dans le monde ont bondi de 50 % en 2017 pour s’établir à 33 milliards $US, indique la Banque mondiale dans son plus récent portrait, selon lequel cette stratégie de lutte contre les changements climatiques a couvert environ 15 % des émissions.

Un certain nombre de systèmes sont en préparation, mais l’augmentation des montants en 2017 s’explique notamment par l’entrée en scène de l’Ontario, de l’Alberta, de la Colombie, du Chili, du Massachusetts et de l’État de Washington. Quelques systèmes ont également pris un peu d’expansion, résultat d’une augmentation du nombre de droits vendus en Californie et d’une hausse de la taxe en France.

La tarification a maintenant gagné 45 pays. En tout, 51 systèmes sont désormais en place ou en voie de l’être. De ce nombre, 25 sont des systèmes de plafonnement et d’échange de droits d’émission (« surtout implantés par des gouvernements infranationaux ») et 26 reposent sur une taxe, généralement par un pays.

Le gros morceau, a mentionné la Banque mondiale, se trouve en Asie : « le système de plafonnement et d’échange d’émissions chinois a été officiellement lancé en décembre 2017 et les travaux d’implantation sont en cours », a-t-elle signalé. À elle seule, la Chine fera passer de 15 à 20 % les émissions mondiales couvertes par la tarification du carbone.

« Les gouvernements de tous les niveaux commencent à voir l’efficacité de la tarification du carbone dans leurs efforts visant à réduire la pollution tout en amassant des revenus pour leurs politiques en matière de changements climatiques », a affirmé dans un communiqué le directeur principal des changements climatiques à la Banque mondiale, John Roome.

« Les mécanismes de tarification du carbone, assortis de prix robustes, font la preuve qu’ils constituent de bons outils dans un contexte où les pays se rappellent leurs engagements de la conférence de Paris », a dit M. Roome.

Plan canadien

Le bilan de la Banque mondiale, une institution qui plaide depuis des années pour le développement de cette stratégie comme pièce maîtresse de la lutte contre les changements climatiques, mentionne le plan pancanadien mis en avant par le gouvernement Trudeau. Celui-ci a demandé aux provinces de mettre sur pied leur propre système de tarification d’ici la fin de 2018, à défaut de quoi le gouvernement fédéral se réservera le droit d’imposer le sien auprès des récalcitrants ou des retardataires.

Le système de plafonnement et d’échange du Québec, lié à celui de la Californie et de l’Ontario, est en activité depuis 2013. Il couvre maintenant 85 % des émissions de gaz à effet de serre au Québec et devrait générer, au total, des revenus de 3,3 milliards d’ici 2020.

Le plan fédéral prévoit que le prix du carbone passera graduellement de 10 $ à 50 $ la tonne. Lors d’une récente vente aux enchères conjointe du Québec et de la Californie, les droits actuels ont été vendus à 18,44 $, un peu au-dessus du prix plancher, alors que ceux pour l’année 2021 ont été vendus au prix plancher de 18,34 $.


L’analyse du DPB

L’impact de la tarification du carbone sur les prévisions économiques « à moyen terme » est « un élément suffisamment important pour ne pas l’ignorer », a estimé mardi le Bureau du directeur parlementaire du budget, à Ottawa. Ce dernier a fait le constat dans une analyse qui confirme que le cadre pancanadien aura un effet de –0,5 % sur le produit intérieur brut d’ici 2022, un chiffre qu’il avait déjà avancé le mois dernier. L’analyse du DPB évalue à 70 % les émissions canadiennes qui seront couvertes par le cadre de tarification et, aux fins de méthodologie, fait « comme si les recettes tirées de la redevance allaient être reversées aux ménages ». Le sujet devait être à l’ordre du jour mardi soir à la Chambre des communes lors d’une période de questions prolongée mettant en scène le ministre des Finances, Bill Morneau.