La hausse des cours du pétrole soulève des interrogations ici comme ailleurs

Le cours du Brent, qui sert de référence à l’échelle mondiale, a franchi le seuil des 80 $US jeudi pour la première fois depuis 2014.
Photo: Scott Heppell Agence France-Presse Le cours du Brent, qui sert de référence à l’échelle mondiale, a franchi le seuil des 80 $US jeudi pour la première fois depuis 2014.

Encore une fois, le baril de pétrole brut a terminé la semaine sur un gain, stimulé par la tension entre les États-Unis et l’Iran de même que par une demande qui demeure robuste. Les questions des prochains jours, des prochains mois : jusqu’où iront les cours ? et avec quel impact sur les prix de l’essence ?

Même si ces cours ont légèrement reculé vendredi, à 71,26 $US pour le baril de brut nord-américain, la forte hausse des derniers mois commence à soulever des interrogations sur les conséquences de cette remontée, non seulement sur le coût des carburants mais aussi sur l’évolution des prix à la consommation.

« L’augmentation des tensions au Moyen-Orient, notamment après la décision des États-Unis de réimposer des sanctions à l’Iran, a fait bondir les prix du pétrole », a noté le Mouvement Desjardins vendredi dans une analyse hebdomadaire. « Cela se traduira par une augmentation des prix de l’essence un peu partout sur la planète. Ainsi, le taux d’inflation de 2018 a été révisé à la hausse pour les États-Unis, le Canada, le Québec et la plupart des autres provinces. »

Les prix de l’essence affichent présentement le même niveau que lorsque le cours du pétrole se situait à près de 150 $US en 2008, mais d’autres facteurs peuvent jouer un rôle, dont l’état du raffinage, les marges de profit à la pompe et l’évolution du cours de l’essence, elle aussi inscrite en Bourse à New York.

Le cours du Brent, qui sert de référence à l’échelle mondiale, a franchi le seuil des 80 $US jeudi pour la première fois depuis 2014, après avoir grimpé de plus de 50 % par rapport au printemps 2017. La veille, les données américaines avaient montré un recul des stocks de pétrole brut et une diminution des réserves d’essence.

Un économiste bien en vue, David Rosenberg, de la firme de gestion Gluskin Sheff + Associates, a cité la hausse des cours du pétrole comme facteur de risque dans l’éventualité d’une nouvelle récession. « La Fed qui augmente ses taux. Les rendements obligataires qui grimpent. Les cours du pétrole qui s’accroissent », a-t-il écrit sur Twitter vendredi matin. « Pensez à 1973-1975. Pensez à 1979-1980. Pensez à 1989-1990. Pensez à 1999-2000. Et pensez à 2006-2007. Et dites-moi qu’une récession n’est pas en train de s’approcher. »

Le rôle de l’Iran

Cela dit, les tensions entre Washington et Téhéran font de nouveau partie de l’équation et il faut surveiller autant les réalités géopolitiques que les éléments fondamentaux, sinon plus, a estimé jeudi l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Lorsque les sanctions ont été imposées en 2012, les exportations iraniennes ont reculé d’environ 1,2 million de barils par jour, a écrit l’AIE. « Il est trop tôt pour dire ce qui surviendra cette fois, mais nous devrions surveiller si les autres producteurs peuvent agir pour assurer un approvisionnement au marché et neutraliser la perturbation liée aux exportations iraniennes. » Le Mexique et le Venezuela ne sont pas en mesure d’augmenter leur production, mais les pays de l’OPEP ont quand même réduit la leur de 1,5 million de barils lors de leur réunion à Vienne à la fin de 2017, a-t-elle fait remarquer.

Un des hauts gradés de l’AIE, Keisuke Sadamori, a d’ailleurs indiqué à l’agence Platts vendredi qu’il est en discussion avec les pays qui produisent comme avec ceux qui consomment, afin d’éviter des problèmes au chapitre de l’approvisionnement.

L’Inde n’a pas attendu la médiation. Son gouvernement s’est simplement tourné vers l’Arabie saoudite, un de ses grands partenaires commerciaux, pour lui demander de faire en sorte que l’impact des prix croissants sur les économies et les consommateurs soit limité. Ce à quoi l’Arabie saoudite, joueur fort dans la diminution de production de l’OPEP, a répondu qu’elle collaborerait avec les autres pays producteurs pour maintenir un approvisionnement « adéquat » en pétrole afin de soutenir une certaine stabilité dans le marché.

Il est connu que l’Arabie saoudite n’a pas intérêt à ce que les cours du pétrole soient trop faibles, car sa compagnie pétrolière, Saudi Aramco, sera inscrite en Bourse dans la deuxième moitié de l’année. Il s’agit du plus grand producteur au monde.