«Économie ménopausée»: un responsable de la Banque d’Angleterre crée la polémique

Ben Broadbent (à gauche), aux côtés du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney
Photo: Adrian Dennis / Pool / Agence France-Presse Ben Broadbent (à gauche), aux côtés du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney

Le gouverneur adjoint de la Banque d’Angleterre, Ben Broadbent, a été contraint de présenter ses excuses pour avoir décrit une économie britannique « ménopausée » et peu dynamique, des propos dénoncés comme « grossièrement sexistes ».

L’économie est dans « une période critique » qu’elle n’avait plus connue depuis l’époque victorienne dans les années 1880, avec « un ralentissement soudain et un arrêt de la productivité », a-t-il déclaré dans un entretien publié mercredi par le quotidien conservateur The Telegraph. Cela signifie « la ménopause, mais cela peut s’appliquer aux deux genres » et, en d’autres termes, « vous avez passé votre pic de productivité », a souligné M. Broadbent, 53 ans, au moment où l’économie subit un coup de frein entretenu par les incertitudes liées au Brexit.

Ces propos ont soulevé une polémique au Royaume-Uni, notamment sur les réseaux sociaux, alors même que M. Broadbent, chargé de la politique monétaire au sein de la vénérable institution, fait figure de prétendant à la succession du gouverneur Mark Carney, qui quittera ses fonctions en 2019.

C’est « grossièrement sexiste », a déclaré sur Twitter Claire Phipps, rédactrice en chef pour l’édition en ligne du quotidien de centre gauche The Guardian. Ce sont des termes « moches, injustifiés et potentiellement agressifs », a écrit dans un tweet le chef du service politique du groupe de télévision ITV, Robert Peston. « Il n’y a aucune raison de penser que les personnes ménopausées sont moins productives ou ont dépassé leur pic d’une quelconque manière », a-t-il ajouté.

Face à ces critiques, M. Broadbent a présenté ses excuses dans un communiqué transmis par la Banque d’Angleterre. « Je suis désolé d’avoir mal choisi mes mots […] et je regrette le tort que cela a causé », a expliqué le haut responsable. « J’expliquais le sens de l’expression “période critique” [climacteric en anglais, NDLR], un terme utilisé par les historiens de l’économie pour décrire une période de faible croissance de la productivité au XIXe siècle. La productivité économique est quelque chose qui affecte chacun de nous, quels que soient l’âge et le genre », a-t-il dit pour se défendre.

La Banque d’Angleterre a fait l’objet de vives critiques ces derniers mois, notamment de la part de la puissante commission du Trésor du Parlement britannique, pour le manque de diversité en son sein. Une seule femme figure parmi les neuf membres de son prestigieux comité de politique monétaire, qui fixe le taux d’intérêt de l’institution nichée au coeur de la City de Londres.

« Nous nous battons pour une culture ouverte, qui aidera chaque personne à atteindre son potentiel, en veillant à ce que la Banque dans sa globalité atteigne son potentiel collectif. Et l’équilibre des genres en est une composante importante », avait déclaré dans un discours, fin mars, la directrice des opérations de la BoE, Joanna Place.