ALENA: Trudeau aurait dit à Trump qu’il croit encore à un accord imminent

Justin Trudeau a confirmé avoir l’impression qu’un accord renégocié est réalisable dans un avenir rapproché et a répété publiquement un message similaire.
Photo: Jeff Chiu Associated Press Justin Trudeau a confirmé avoir l’impression qu’un accord renégocié est réalisable dans un avenir rapproché et a répété publiquement un message similaire.

Le premier ministre Justin Trudeau aurait dit au président Donald Trump que la conclusion d’une entente sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) était encore possible dans un avenir rapproché pourvu que certaines demandes controversées soient mises de côté. La conversation de haut niveau a eu lieu au cours d’une semaine perçue comme celle de la dernière chance pour conclure une entente avant que des rendez-vous électoraux au Mexique et aux États-Unis ne reportent le processus en 2019.

La description du message de M. Trudeau à M. Trump a été dévoilée dans une entrevue à la télévision mexicaine : le ministre mexicain de l’Économie a révélé certains détails de la discussion tenue entre les deux dirigeants lundi. Lorsqu’il a été questionné sur cette conversation avec le président des États-Unis, mardi, M. Trudeau a confirmé avoir l’impression qu’un accord renégocié est réalisable dans un avenir rapproché et a répété publiquement un message similaire.

« Il y a tout à fait un possible dénouement imminent qui serait bon pour les États-Unis, bon pour le Canada, bon pour le Mexique — et nous sommes très près », a affirmé M. Trudeau lors d’une conférence de presse à Calgary. « Nous allons continuer au cours des prochains jours à travailler dur pour tenter d’y arriver. Nous savons qu’une entente n’est pas conclue tant qu’elle n’est pas conclue. Et nous continuerons de demeurer optimistes et déterminés dans nos efforts de résolution », a ajouté le premier ministre.

Questionné pour savoir s’il avait demandé au président Trump de réduire sa liste de demandes, M. Trudeau a dit : « Nous appuyons la défense de nos propres intérêts, tout en soulignant qu’il est très possible d’en arriver [à un dénouement] gagnant-gagnant-gagnant. »

Une semaine cruciale

Les trois pays tentent d’établir une ronde ministérielle supplémentaire cette semaine, après quoi il pourrait être trop tard pour respecter les échéanciers aux États-Unis en vue d’un vote du Congrès sur l’entente avant les élections de mi-mandat. Les trois pays tireraient certains bénéfices d’une entente rapide : le Canada vise à calmer les inquiétudes de certains investisseurs, le Mexique souhaite conclure le dossier avant l’élection présidentielle de juillet et les États-Unis veulent offrir de la stabilité à des exportateurs agricoles en difficulté.

Les parties naviguent contre des marées d’enjeux non résolus et même des ordres du jour conflictuels ; des sources internes affirment qu’il y a des opinions mitigées au sein du gouvernement américain sur la pertinence de rondes additionnelles cette semaine. Des mois d’efforts pour tenter de dénouer l’enjeu des pièces automobiles ont laissé en plan nombre d’autres irritants, incluant les produits laitiers, les produits pharmaceutiques, le mécanisme de règlement des différends, les marchés publics et la demande américaine pour une clause de résiliation de cinq ans.

Il ne faut pas s’attendre à ce qu’une entente sur un nouvel ALENA soit conclue d’ici la date limite de cette semaine, a prévenu mardi le ministre mexicain de l’Économie. Lors d’une déclaration au réseau mexicain Televisa, Ildefonoso Guajardo a dit qu’il ne croyait pas qu’une entente serait conclue d’ici jeudi, une date identifiée par le Congrès américain comme la plus tardive pour s’assurer que ses membres puissent voter sur le projet cette année.

Selon M. Guajardo, les États-Unis doivent se montrer plus flexibles sur certaines des principales propositions de l’ALENA, et il ne croit pas que cela se produira d’ici jeudi.

Pour sa part, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, a exhorté le gouvernement Trump à faire connaître ses intentions sur l’ALENA d’ici jeudi soir s’il veut que le Congrès, actuellement contrôlé par le Parti républicain, puisse voter sur un éventuel nouvel accord. À l’approche des élections de mi-mandat (« midterm elections ») le 6 novembre, le compte à rebours a donc commencé pour les négociateurs de Donald Trump.

Le gouvernement Trump bénéficie actuellement d’une procédure dite « fast track » (ou « Trade Promotion Authority »), qui permet au président de faire voter les accords commerciaux par le Congrès sans que celui-ci ait la possibilité de les amender. Pour l’heure, les élus n’ont pas signifié leur intention de prolonger cette procédure, bien que Donald Trump ait demandé à ce qu’elle soit étendue de trois ans. Faute de progrès sur cette question, les négociations pourraient être suspendues pendant de longs mois.