Louis Audet cède sa place chez Cogeco

Le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le président et chef de la direction de Cogeco, Louis Audet

Pour la première fois de son histoire, à compter du mois de septembre, Cogeco ne sera pas dirigée par un membre de la famille Audet, mais cette dernière compte bien garder le contrôle de l’entreprise malgré le départ imminent de Louis Audet comme président et chef de la direction.

« La famille Audet s’engage à continuer de contrôler cette entreprise et à la laisser croître comme nous l’avons fait au cours des 60 dernières années », a déclaré en anglais Louis Audet, lors d’une conférence de presse mardi après-midi. Jugeant qu’il est temps d’infuser du « sang neuf » au sein de la direction, M. Audet quittera ses fonctions à la tête de Cogeco et de sa filiale Cogeco Communications dès le 1er septembre. Il sera remplacé par l’actuel dirigeant de Cogeco Peer 1, Philippe Jetté, qui s’est joint à l’entreprise en 2011 à titre de vice-président principal et chef de la direction technologique et de la stratégie.

M. Audet quittera ses fonctions, mais il demeurera bien présent, au moins pour les trois prochaines années, puisqu’il deviendra président exécutif du conseil d’administration des deux entreprises. Au terme de cette période de transition, M. Audet deviendra un président « normal » du conseil d’administration, mais sans pouvoir exécutif.

Le président et chef de la direction sortant a toutefois assuré que la famille Audet, qui a fondé l’entreprise, continuera d’avoir son mot à dire dans les orientations de l’entreprise. La famille contrôle actuellement 70 % des votes de Cogeco, qui elle contrôle 80 % de Cogeco Communications.

Interrogé sur la possibilité qu’un autre membre de la famille Audet prenne un jour les rênes de l’entreprise, M. Audet a dit : « Peut-être y en aura-t-il à l’avenir, mais à ce moment-ci, c’est prématuré d’en parler. » Quant à son avenir personnel, M. Audet a complètement rejeté la possibilité de se présenter en politique un jour, surtout aux prochaines élections d’octobre. « Moi, je ne suis pas un politicien dans l’âme, je n’ai aucun talent dans ce domaine-là. Ce n’est vraiment pas une de mes ambitions, je vous le confirme de façon indubitable », a-t-il déclaré en éclatant de rire.

Philippe Jetté, un ingénieur de formation, a affirmé qu’il souhaitait poursuivre le travail entamé par M. Audet. Questionné sur les principaux sujets qui occuperont son successeur, M. Audet a mentionné le développement de la câblodistribution aux États-Unis et peut-être éventuellement l’offre de services sans fil au Canada. « Mais on va s’assurer de le faire d’une façon qui va nous permettre de faire de l’argent, ou bien on s’abstiendra tout simplement », a-t-il indiqué.

Sous la gouverne de l’homme d’affaires, la société et sa filiale se sont considérablement diversifiées dans les secteurs de la câblodistribution, de la radiodiffusion et des solutions destinées aux entreprises, générant un chiffre d’affaires annuel de plus de 2,3 milliards.

C’est M. Audet qui a notamment piloté la percée américaine effectuée par la société en 2012 dans le cadre de l’acquisition du câblodistributeur indépendant américain Atlantic Broadband pour 1,36 milliard. Il a également réalisé la plus importante transaction de l’histoire de la société lorsque Cogeco Communications avait allongé 1,4 milliard $US, avec l’aide de la Caisse de dépôt et placement du Québec, afin de conclure l’achat de MetroCast aux États-Unis.

En contrepartie, le dénouement de la tentative d’incursion de Cogeco au Portugal en 2006 pour 650 millions avait été bien différent, puisque l’aventure s’était terminée six ans plus tard quand la société s’était délestée de Cabovisao pour seulement quelque 60 millions.

Autres écueils

De plus, la percée de Cogeco Communications dans le secteur des solutions informatiques — comme l’hébergement de données — ne s’est pas faite sans heurts pour le câblodistributeur, qui s’affaire à redresser cette division depuis un an. Cogeco avait acquis Peer 1 Networks pour 526 millions en 2012 et avait construit un centre de données dans la banlieue montréalaise de Kirkland au coût de 100 millions. Mais la pression des géants du secteur comme Amazon, Microsoft et Google avait forcé la société à comptabiliser une perte de valeur de 450 millions de dollars de sa division des services de technologies d’information et de communication (TIC) en 2016.

Cogeco estime que M. Jetté a néanmoins été en mesure de « stabiliser » cette division alors que le contexte d’affaires était « très difficile ».