«Ce n’est pas un service public, Desjardins»

Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier

Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, refuse de porter, à lui seul, la responsabilité de la vitalité des régions. Il n’a offert ni excuses ni promesses aux élus qui l’ont convoqué lundi à l’Assemblée nationale dans la foulée de la fermeture de dizaines de points de service aux quatre coins du Québec.

 

« On ne peut pas faire porter à Desjardins tout le poids des services financiers au Québec. [...] Ce n’est pas un service public Desjardins », a-t-il martelé devant la Commission de l’aménagement du territoire lundi après-midi. «D’ailleurs, il n’y a aucune autre entreprise au Québec qui en fait autant pour les régions », a-t-il ajouté, « acétates » à l’appui.

 

Le Mouvement Desjardins, l’Association des banquiers canadiens (ABC), la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et l’expert en matière de développement régional et d’occupation du territoire, Bruno Jean, étaient appelés à discuter avec une poignée d’élus de mesures favorisant l’accès aux services financiers de proximité en région.

 

Le Mouvement Desjardins compte 957 points de services et 1982 guichets automatiques au Québec. Quelque 30 % des points de service se trouvent dans des municipalités abritant 2000 personnes ou moins — où les banques sont invisibles —, a fait remarquer M. Cormier.

 

Plusieurs assimilent à tort le Mouvement Desjardins — une coopérative de 4,3 millions de membres — à une société d’État, comme Postes Canada, estime M. Cormier. « Il y a des régions où 50 % de la population fait affaire avec nous: 50 % ! Alors, pourquoi Desjardins doit absolument avoir à maintenir un guichet ? Nous, on est là pour nos membres. On n’est pas là pour les citoyens ! On est là pour nos membres ! C’est nos membres qu’on dessert. On cherche des solutions pour eux », a-t-il insisté.

 

M. Cormier a tenu à rappeler que 7% des transactions sont effectuées au moyen d’un gui- chet automatique, et 2 % grâce à l’aide d’un caissier ou d’une caissière. « Et, malgré tout, Desjardins a pris la décision de maintenir 2000 guichets automatiques ouverts et 1000 points de ser vice ouverts », a-t-il répété, refusant l’étiquette de « banquier ». « Non, ce n’est pas vrai que Desjardins est en train de devenir une banque! »

Quand j'entends que le guichet automatique, c'est vraiment l'outil ultime du développement d'une région, d'une municipalité, je vous le dis, je décroche

Le grand patron de Desjardins s’étonne de la vive réaction de la classe politique à l’annonce d’une fermeture d’un point de service Desjardins en région. « Quand j’entends que le guichet automatique, c’est vraiment l’outil ultime du développement d’une région, d’une municipalité, je vous le dis, je décroche. Si, c’est ça, en 2018, la dynamique d’un milieu, que ça prend un guichet absolument... Où sont les autres projets ? Où sont les investissements ? Qui amène les entreprises dans les régions ? », a-t-il demandé aux élus membres de la Commission de l’aménagement du territoire. « S’il y a des gens qui disent : c’est un ser vice essentiel et qu’il faut en mettre des guichets partout au Québec, ces gens-là prendront les décisions qu’il faut prendre », a-t-il ajouté.

 

Le professeur Bruno Jean a également appelé les décideurs politiques à leurs responsabilités en matière de développement social et économique des régions du Québec. « Il y a une responsabilité là des gouvernements », a-t-il soutenu.

 

À cet égard, le vice-président du Mouvement Desjardins, Hubert Thibault, a recommandé aux députés de favoriser le développement de la fibre optique au Québec, ce qui permettrait un « meilleur accès » à l’Internet haute vitesse et, par ricochet, à des « alternatives » aux comptoirs caisse et aux guichets automatiques.