L’Argentine peine à rassurer les marchés

Des manifestants à Buenos Aires, lundi
Photo: Eitan Abramovitch Agence France-Presse Des manifestants à Buenos Aires, lundi

L’Argentine a appliqué un traitement de choc pour freiner la chute de sa monnaie, comme la hausse considérable des taux d’intérêt et la vente de réserves de devises pour soutenir le cours, mais le peso a perdu 19% de sa valeur en 45 jours.

Lundi, il a reculé de 6,2% à la fermeture des marchés. La course au dollar se poursuit sur la place financière argentine malgré les tentatives de la banque centrale de freiner le phénomène en relevant le taux d’intérêt de référence à 40 %.

Cette nouvelle baisse du peso inter vient à la veille d’une échéance importante : les détenteurs de lettres de créances Lebacs, émises par la Banque centrale de la république argentine (BCRA), pourront à partir du 15 mai exiger leur règlement, ce qui représente potentiellement 25 milliards de dollars.

Le Fonds monétaire international (FMI), appelé à la rescousse par Buenos Aires le 8 mai, examinera vendredi la demande d’aide formulée la semaine dernière, a annoncé lundi Gerry Rice, porte-parole de l’institution. « Les équipes du FMI poursuivent leurs discussions avec les autorités de l’Argentine en vue d’un programme de soutien du FMI. [...] Une réunion du comité de direction du FMI est programmée vendredi 18 mai », a-t-il indiqué dans une déclaration écrite, faisant état d’une « réunion informelle » en vue d’un plan d’aide financière.

Le FMI ne devrait pas annoncer un accord vendredi. L’Argentine a fait une requête pour « un accord de confirmation » (ou Stand-By agreement). Ce type de prêt permet au Fonds « de répondre rapidement aux besoins de financement extérieur des pays et d’accompagner les politiques destinées à sortir des situations de crise et à rétablir une croissance durable », selon une fiche technique du FMI. Les autorités argentines et le FMI doivent désormais se mettre d’accord sur la durée du prêt et son montant.

La dernière dépréciation im- por tante du peso remonte à fin 2015 (environ 30 %), lorsque le gouvernement de centre droit du président Mauricio Macri a aboli le contrôle des changes introduit en 2011 par l’ex-chef de l’État Cristina Kirchner et instauré une politique de change flottant.

Lundi, le dollar s’échangeait contre 25,50 pesos. Dans les années 1990, le peso était à parité avec le dollar. Début 2013, les Argentins devaient débourser cinq pesos pour acheter un dollar.

Le gouvernement argentin peine à enrayer l’inflation, 25 % en 2017, alors que son objectif était de la contenir à moins de 20 % l’année dernière. En conséquence, les Argentins perdent confiance en leur monnaie et achètent des dollars, traditionnelle monnaie refuge dans la troisième économie d’Amérique latine.

Des économistes argentins pensent que la BCRA va por ter à 50 % son taux de référence, pour convaincre les investisseurs d’opter pour des placements en peso. La Banque centrale estime que la fuite de capitaux a atteint 35 milliards de dollars en 2017, du fait de l’épargne en devises hors des circuits bancaires, du départ de fonds d’investissement, du déficit commercial et des sommes dépensées à l’étranger par les touristes argentins.

M. Macri a reçu le soutien de la directrice du FMI, Christine Lagarde, et, lundi, du président américain Donald Trump. Le président argentin a sollicité l’aide du FMI la semaine dernière et dépêché à Washington son ministre de l’Économie Nicolas Dujovne pour engager des conversations avec l’institution internationale afin d’obtenir un prêt.

D’après la presse argentine, une réduction conséquente du déficit budgétaire sera dans la balance et le Fonds pourrait débloquer 30 milliards de dollars.

La chute du peso a fait baisser dans les sondages le président argentin. Selon une étude du Centre d’étude de l’opinion publique (CEOP), seulement 37 % des Argentins ont une bonne opinion de Mauricio Macri, le sondage le plus défavorable depuis son élection fin 2015. « Il faut tenir compte du fait que la mémoire collective se nourrit des mauvais souvenirs associés au redouté FMI », souligne Roberto Bacman, directeur du CEOP, en référence au dernier programme du FMI, qui pour nombre d’Argentins a conduit le pays à la crise économique de 2001 et au défaut de paiement.