Les contrats d’approvisionnement d’Hydro-Québec ont coûté 2,5 milliards

Le développement de la filière éolienne d’Hydro-Québec au cours des années 2000 faisait partie d’un désir de stimuler l’économie des régions.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le développement de la filière éolienne d’Hydro-Québec au cours des années 2000 faisait partie d’un désir de stimuler l’économie des régions.

La société Hydro-Québec a dépensé 2,5 milliards en moins de 10 ans pour acheter l’électricité des producteurs éoliens, des spécialistes en biomasse et des petits barrages, a calculé la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Guylaine Leclerc.

La VGQ, qui s’est penchée sur l’effet des décisions gouvernementales sur les tarifs, a rappelé qu’Hydro-Québec doit d’abord acheter ce courant avant de piger dans l’électricité dite « patrimoniale », celle produite trois fois moins cher par ses propres barrages.

« Je ne commente pas des décisions gouvernementales. Nous ne le faisons jamais, nous ne le faisons pas. Ce que nous faisons, c’est que nous présentons l’impact de certaines décisions gouvernementales », a dit Mme Leclerc.

La VGQ, qui a déposé un vaste rapport sur différents sujets mercredi à l’Assemblée nationale, s’est également penchée sur les « écarts de rendement favorables » à Hydro-Québec, que certains appellent les « trop-perçus ». Résultat de l’écart entre les prévisions qui servent à l’établissement des tarifs et les résultats réels, cette situation s’est traduite par une somme de 1,5 milliard pour les années 2005 à 2017.

La somme de 2,5 milliards couvre les exercices 2009 à 2016. Les coûts supplémentaires sont estimés à moins de 100 millions par année dans les trois premières années mais grimpent graduellement à plus de 700 millions par année à partir de 2015.

La VGQ a écrit que le coût unitaire moyen pour l’électricité postpatrimoniale a été de 8,96 ¢/kWh, comparativement à 2,67 ¢/kWh pour le bloc patrimonial. Alors que les premiers projets éoliens étaient plus chers, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement a fait remarquer dans un rapport en 2016 que le coût des derniers contrats de l’éolien fait concurrence à celui des barrages.

Le développement de la filière éolienne au cours des années 2000 faisait partie d’un désir de stimuler l’économie des régions, notamment en forçant les producteurs privés à inclure du contenu régional dans leurs achats d’équipements. C’est ainsi que des usines ont vu le jour dans la MRC de la Matanie et en Gaspésie et qu’Hydro-Québec a procédé à quatre appels d’offres pour l’achat d’énergie éolienne.

En date de mars 2018, les projets éoliens au Québec représentent une puissance installée de 3878 MW, sur un total de 36 980 MW.

Développement économique

« Les Québécois n’ont pas versé trop d’argent. Ils ont, avec ce type d’énergie là, procédé à du développement économique dans l’ensemble des régions du Québec, ce qui a notamment eu un impact positif sur la réduction du taux de chômage dans les régions », a dit le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Moreau.

« Demain matin, vous donnez 2,5 milliards à Investissement Québec, […] on aurait pu en faire beaucoup plus pour créer des emplois de qualité que ce qui a été fait par le PQ et le Parti libéral », a déclaré le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Le Parti québécois, pour sa part, réclame un encadrement plus serré des hausses autorisées à Hydro-Québec de la part de la Régie de l’énergie.

Du côté d’Hydro-Québec

En 2014, un mécanisme a été mis en place pour que tout rendement supérieur à 8,2 % déclenche un partage avec les clients d’Hydro-Québec. Il a toutefois été suspendu jusqu’à l’atteinte de l’équilibre budgétaire, et s’appliquera « pour la première fois » aux écarts pour l’année 2017, a indiqué la VGQ. Dans le rapport, la VGQ a inclus un commentaire d’Hydro-Québec indiquant que la société d’État a versé à ses clients 45 millions liés à l’année 2017.

Hydro-Québec s’est déjà défendue en disant que ces écarts sont simplement le résultat d’une performance meilleure que prévu au chapitre des coûts d’exploitation et que l’argent est versé à Québec en vertu des règles qui encadrent son dividende annuel.

Sur la question des écarts de rendement, Mme Leclerc a dit qu’elle ignore l’impact détaillé sur la facture moyenne d’un client.

« Je ne suis pas en mesure de vous dire combien en moyenne l’industriel, le commercial, le citoyen a payé de plus sur sa facture », a dit Mme Leclerc en conférence de presse. « Ce sont des éléments qui peuvent être complexes à établir, et on ne l’a pas établi. Il ne s’agit pas d’un audit de performance, dans ce cas-ci, il s’agit d’un portrait. Alors, on n’a pas cette information-là. »

« En une dizaine ou douzaine d’années, les libéraux ont augmenté les tarifs d’électricité à répétition, plus que l’augmentation des coûts justifiables par la Régie de l’énergie. Donc, on a [facturé] un autre milliard et demi de trop aux Québécois. »