Avec Flipkart, Walmart débarque en force dans l’e-commerce en Inde

Basé à Bangalore, Flipkart, qui a d’abord été une librairie en ligne, a été fondé en 2007 par deux ex-employés d’Amazon.
Photo: Aijaz Rahi Associated Press Basé à Bangalore, Flipkart, qui a d’abord été une librairie en ligne, a été fondé en 2007 par deux ex-employés d’Amazon.

Le géant américain de la distribution Walmart a annoncé mercredi sa prise de contrôle de 77 % du site de vente en ligne indien Flipkart pour 16 milliards de dollars, plus grosse acquisition mondiale du secteur du commerce électronique, d’après les analystes.

Cette officialisation met un terme à des mois de rumeurs autour d’un changement de pavillon du champion national indien en nombre de ventes en ligne, qui était également courtisé par son rival direct Amazon. « Notre investissement est l’occasion de nous associer avec une société qui guide la transformation du commerce électronique sur le marché » indien, a déclaré le p.-d.g. de Walmart, Doug McMillon, cité dans un communiqué.

Cette opération accentue la féroce compétition pour le prometteur commerce électronique en Inde, dont le géant Amazon a fait l’une de ses priorités mondiales. « Cet investissement est d’une importance immense pour l’Inde et aidera à nourrir notre ambition », a pour sa part affirmé Binny Bansal, p.-d.g. et cofondateur de Flipkart, cité dans le communiqué de presse. Aux termes de cet accord, Walmart va notamment injecter 2 milliards en fonds propres dans Flipkart pour augmenter sa force de frappe face à la puissante société de Seattle présente en Inde depuis 2013.

Une population jeune aux nouveaux usages, une classe moyenne grandissante et surtout une pénétration toujours plus grande d’Internet dans la société — particulièrement à travers la démocratisation des téléphones intelligents — font de l’Inde un eldorado prometteur pour le commerce électronique. Porté par une croissance soutenue, ce marché pesait l’année dernière 21 milliards de dollars, selon un rapport de la société d’études Forrester, qui l’évalue à 73 milliards d’ici 2022.

Des anciens d’Amazon

Le monde économique indien bruissait depuis des semaines de rumeurs d’acquisition de Flipkart, courtisé à la fois par Walmart et par Amazon.

Basé à Bangalore, Flipkart a été fondé en 2007 par les ex-employés d’Amazon Sachin Bansal et Binny Bansal — qui n’ont pas de lien de parenté. Ayant débuté comme une librairie sur Internet, le site vend désormais un large éventail de produits, des téléphones portables aux canapés. Flipkart a réalisé 4,6 milliards de dollars de ventes nettes au cours de l’année fiscale qui s’étendait du 1er avril 2017 au 31 mars 2018, indique le communiqué commun.

Flipkart comptabiliserait 40 % des ventes sur le Web en Inde contre 31 % pour Amazon, bien que ces chiffres varient selon les estimations. La société de Jeff Bezos a réservé 5 milliards de dollars à sa conquête de l’Inde, territoire qu’elle voit comme un relais de croissance, surtout après son échec en Chine.

Pour Amazon, « l’Inde est la dernière grande frontière. Le groupe pèse plus de 100 milliards de dollars. Pour soutenir sa croissance, il doit dominer de grands marchés en dehors des États-Unis », décryptait l’année dernière pour l’AFP Ashish Tuteja, du cabinet McKinsey.

En 2017, la vente électronique au détail en Inde a connu une croissance phénoménale bien que ralentie à 26,4 % en raison de mesures comme la démonétisation ou la mise en oeuvre d’une TVA harmonisée dans le pays. L’année précédente, la progression était de 39 %. Et elle était de plus de 100 % en 2014 et en 2015 !

L’Inde est le pays où ce secteur connaît la croissance la plus forte, mais elle reste un nain à côté du marché chinois, le premier au monde. Si le commerce en ligne y reste encore marginal, son expansion pourrait bien à terme bouleverser le paysage économique et avoir des répercussions sociales dans cette économie où des dizaines de millions de personnes vivent de leur boutique.

L’accord Walmart-Flipkart va créer un « désavantage pour les vendeurs au détail. Seuls les capital-risqueurs, les investisseurs et les promoteurs en bénéficieront, et pas le pays », a prévenu la Confederation of All India Traders.