Le scandale qui ébranle Lafarge en Syrie s’invite à l’assemblée

Le chef de la direction, Beat Hess
Photo: Fabrice Coffrini Agence France-Presse Le chef de la direction, Beat Hess

Le scandale judiciaire qui ébranle LafargeHolcim en raison de gestes posés par d’ex-employés en Syrie s’est invité à l’assemblée annuelle du cimentier, en Suisse, où son chef de la direction a notamment exprimé des regrets.

Cette affaire a trouvé écho jusqu’au Québec, puisque Power Corporation du Canada est un actionnaire indirect de la multinationale. Le cochef de la direction de la société de portefeuille, Paul Desmarais fils, siège également au conseil d’administration du cimentier.

L’enquête actuellement menée par la justice française a fait plonger LafargeHolcim dans une vive controverse puisque le groupe est soupçonné d’avoir indirectement financé le groupe armé État islamique (EI) dans le but de s’assurer le fonctionnement d’une cimenterie dans le nord de la Syrie. Les actes commis seraient survenus avant le regroupement avec Holcim en 2017.

On soupçonne notamment la multinationale d’avoir versé des pots-de-vin à des groupes djihadistes en 2013 et en 2014. La cimenterie syrienne au coeur de l’affaire est toutefois tombée entre les mains des groupes armés en septembre 2014.

L’actuel chef de la direction du cimentier franco-suisse, Beat Hess, a expliqué mardi, au cours de l’assemblée, que la multinationale avait « tout fait en son pouvoir pour faciliter le travail des autorités françaises ». Il a également indiqué que le conseil d’administration a mis en place une série de nouvelles règles d’éthique, d’intégrité ainsi qu’un comité sur les risques, ajoutant que « les comportements répréhensibles mis au jour en Syrie ne doivent plus jamais se répéter chez LafargeHolcim ».

Depuis le début de l’enquête, sept cadres de Lafarge, dont l’ancien grand patron de la société Bruno Lafont, ont été mis en examen par les autorités françaises. De plus, selon le quotidien Le Monde, M. Desmarais fils aurait été mis sous écoute et interrogé en décembre dernier par les policiers belges en compagnie de trois administrateurs du Groupe Bruxelles Lambert — contrôlé par Power Corporation.

« M. Desmarais fils n’était pas au courant de la situation sous enquête, que ce soit à titre d’administrateur de Lafarge ou autrement, jusqu’à ce qu’elle soit rendue publique en 2016 », a souligné le vice-président, chef du contentieux et secrétaire de Power Corporation, Stéphane Lemay, dans une déclaration envoyée par courriel à La Presse canadienne. Il a ajouté que l’homme d’affaires québécois allait continuer d’offrir « son entière collaboration dans le cadre de cette enquête en cours ».

Le cochef de la direction de la société de portefeuille, qui était présent à l’assemblée annuelle du cimentier, a par ailleurs été réélu au conseil d’administration. M. Desmarais fils fait partie de l’équipe d’administrateurs de Lafarge depuis 2008. M. Lemay a précisé dans son courriel que M. Desmarais « abordera » la controverse qui éclabousse le cimentier franco-suisse dans le cadre de l’assemblée annuelle de Power Corporation, qui se déroulera vendredi à Montréal.