Le retrait des États-Unis de l’accord iranien secoue pétrole et multinationales

Uniquement pour l’Iran, qui exporte près de 2,1 millions de barils de pétrole par jour, une forte réduction de ces exportations pourrait entraîner une hausse de 3 à 7$US du prix du baril.
Photo: Ebrahim Noroozi Associated Press Uniquement pour l’Iran, qui exporte près de 2,1 millions de barils de pétrole par jour, une forte réduction de ces exportations pourrait entraîner une hausse de 3 à 7$US du prix du baril.

Le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions provoquent des remous sur le marché pétrolier et parmi les multinationales. Si le président américain passe de la parole au geste, le baril de référence pourrait bondir d’environ 5 $US.

Déjà, tous les indicateurs pointent en direction d’un cours du pétrole demeurant en hausse cette année, avec 80 $US pour cible. Cette projection est influencée par le risque géopolitique ambiant, a déjà indiqué Brian See, vice-président à Gestion d’actifs CIBC, dans une entrevue au magazine Conseiller. Le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les Nations unies et les risques régionaux pouvant en découler font partie du scénario retenu, comme le « chaos politique, économique et social » au Venezuela, où la production a chuté de 2,4 millions à 1,5 million par jour, peut-on lire.

Uniquement pour l’Iran, qui exporte près de 2,1 millions de barils de pétrole par jour, une forte réduction de ces exportations pourrait entraîner une hausse de 3 à 7 $US du prix du baril, selon différentes études publiées.

Mais pour l’heure, c’est l’incertitude et tout est hypothétique. Et Wall Street a terminé mardi en territoire positif alors que les cours pétroliers de référence reculaient. « Le plus curieux dans cette histoire est la progression des valeurs du secteur de l’énergie, alors que le pétrole a fortement baissé », a indiqué Maris Ogg, de Tower Bridge Advisors. Regroupées au sein d’un sous-indice du S & P 500, celles-ci ont avancé de 0,8 %, le pétrole coté à New York ayant reculé de 1,67 $US, à 69,09 $US à New York. « Les marchés se sont peut-être habitués à ne plus écouter les premières décisions [de M. Trump] sur un sujet et se disent sans doute que cela fait partie d’une stratégie de négociation », a estimé Mme Ogg.

Si l’impact du retrait américain reste incertain à court terme, il n’en demeure pas moins que la politique étrangère de Donald Trump « continue d’aviver les tensions dans la région qui exporte le plus de pétrole au monde et, en tant que tel, soutient les prix », ont écrit les analystes de Barclays. Avec, à la clé, une intense rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Les entreprises concernées

Les multinationales américaines et européennes, celles qui avaient rétabli leur lien d’affaires avec Téhéran, ne seront pas immunisées contre le retour des sanctions. Outre les avionneurs américain Boeing et européen Airbus, le conglomérat industriel General Electric, les constructeurs automobiles allemand Volkswagen et franco-japonais Renault-Nissan pourraient être touchés alors que les responsables américains ont insisté pour que les entreprises européennes se conforment aussi au rétablissement des sanctions.

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton a indiqué que le rétablissement des sanctions américaines est effectif « immédiatement » pour les nouveaux contrats et que les entreprises déjà engagées en Iran auront quelques mois pour en « sortir ». Selon le Trésor américain, le délai va de 90 à 180 jours, indique l’Agence France-Presse.

En première ligne, le secteur aéronautique se fait le plus sensible. Boeing a déjà des contrats de près de 20 milliards $US portant sur des livraisons à venir. Pour Ardus, on parle de 10 milliards et des usines américaines campant un rôle de fournisseur. Selon l’Organisation iranienne de l’aviation civile, l’industrie locale aura besoin de quelque 500 avions au cours de la prochaine décennie.