Québecor rachète la participation de la Caisse de dépôt dans Québecor Média pour 1,69 milliard

Si le dernier rachat est possible, a dit M. Péladeau, c’est grâce à la position financière de son entreprise, notamment en ce qui concerne les liquidités disponibles.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Si le dernier rachat est possible, a dit M. Péladeau, c’est grâce à la position financière de son entreprise, notamment en ce qui concerne les liquidités disponibles.

Québecor va consacrer 1,7 milliard pour compléter ce qui se faisait petit à petit depuis 2012 : racheter le bloc d’actions que détient la Caisse de dépôt et placement dans sa filiale Québecor Média, née en 2000 dans une opération visant à éviter que Vidéotron tombe dans les mains de Rogers.

Alors que l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau y voit une façon de « contrôler entièrement notre destinée », la Caisse, dont la part est passée de 45 % à 18,47 % depuis quelques années, recevra des liquidités qu’elle pourra réinvestir dans d’autres entreprises québécoises.

« Je comprends qu’il y a un certain nombre de commentateurs qui ont dit que la Caisse a financé Québecor pour le rachat de Vidéotron », a dit M. Péladeau en conférence de presse en marge de l’assemblée annuelle des actionnaires. « Ce n’est pas vrai. Québecor a apporté des actifs, de l’argent comptant aussi, pour faire en sorte de créer le groupe tel qu’il est aujourd’hui. Et s’il a eu du succès, c’est qu’il y a eu une coordination solide des différents actifs qui ont été amenés, je dirais, comme dans une corbeille de mariage. »

Québecor, qui a racheté des actions en 2012, 2015 et 2017, va racheter à la Caisse 17,6 millions d’actions, un dernier bloc dont la valeur a été établie à 1,69 milliard.

L'ensemble de la mise de la Caisse dans Québecor Média s'est élevé à un peu plus de 3 milliards. Depuis, les quatre annonces concernant la vente graduelle du bloc totalisent 3,73 milliards. De plus, la Caisse a révélé en 2012 qu’elle avait reçu des dividendes de 324 millions depuis 2003, un chiffre fortement susceptible d’avoir poursuivi son ascension depuis.

Si le dernier rachat est possible, a dit M. Péladeau, c’est grâce à la position financière de son entreprise, notamment en ce qui concerne les liquidités disponibles. « En gagnant accès à 100 % des flux monétaires qu’elle génère, Québecor sera désormais mieux outillée pour saisir les occasions d’affaires qui se présenteront », a-t-il affirmé.

« Le rachat complet des actions […] permet à la Caisse de réinvestir ce capital dans de nouvelles occasions d’investissement dans des entreprises québécoises », a dit le président de la Caisse, Michael Sabia.

Longue saga

La bataille pour le contrôle de Vidéotron, que la famille Chagnon souhaitait vendre à Rogers, fait partie des grands chapitres de l’histoire du Québec inc. Mélange de nationalisme économique et de jeux de coulisses, il a mobilisé tant la chronique financière que politique.

L’épisode a pris une tournure juridique quand la Caisse de dépôt, actionnaire de Vidéotron depuis le début des années 1980, a utilisé un droit de veto qu’elle avait dans sa poche arrière pour manifester son désaccord avec l’idée de voir Rogers prendre le contrôle de Vidéotron.

« J’étais convaincu qu’il fallait bloquer la transaction. J’avais vu ce que Ted Rogers avait fait avec Fido : 650 emplois qu’il avait radiés comme ça, en quelques mois, pour rapatrier ça à Toronto », a dit mardi Michel Nadeau, dont le rôle de vice-président de la Caisse à l’époque l’a amené à signer le chèque personnellement. « Je me suis dit : “Il va faire la même chose avec Vidéotron.” »

Pour financer l’acquisition de Vidéotron, la Caisse a investi environ 2,2 milliards, comparativement à 1 milliard pour Québecor, qui a également inclus des actifs. Pour sa part, Rogers est partie en empochant des frais de rupture de 241 millions.

Est-ce qu’il y avait une stratégie de sortie éventuelle à la Caisse ? « Non. Nous savions qu’il y avait la menace de Rogers. Nous voulions une solution québécoise, a dit M. Nadeau. Nous avons regardé tous les joueurs et finalement nous avons réussi à convaincre Pierre Karl de quitter le monde de l’imprimerie. Pierre Karl nous disait “l’imprimerie, c’est Québecor, c’est mon père”. On s’est dit qu’il fallait faire un virage audiovisuel, un virage numérique. »

Pour financer le rachat, Québecor va verser 1,54 milliard en argent comptant et offrira à la Caisse des débentures convertibles en actions de catégorie B de Québecor. Celles-ci, évaluées à 150 millions, viendront à échéance en 2024 et produiront 4 % d’intérêt par année.

Télécoms vs médias

Par ailleurs, Québecor, qui mise sur la croissance du sans-fil, a dévoilé mardi un bénéfice net attribuable aux actionnaires de 56,7 millions au premier trimestre, comparativement à 3,9 millions l’an dernier. Ses revenus ont augmenté de 0,5 %, à 1 milliard, dont plus de 80 % viennent des télécommunications.

Le secteur médias compte pour 17 % des revenus. Dans le détail, les revenus publicitaires ont reculé de 10 % alors que les revenus numériques ont baissé de 6,5 %.

À la Bourse de Toronto, l’action de Québecor, qui a également annoncé une hausse du dividende, a gagné 3 % à 24,04 $.