Air France-KLM voit son développement figé par le départ de son président

Le patron d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a démissionné vendredi après que les employés eurent rejeté les dernières offres salariales de la partie patronale.
Photo: Geoffroy Van Der Hassel Agence France-Presse Le patron d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a démissionné vendredi après que les employés eurent rejeté les dernières offres salariales de la partie patronale.

Le titre d’Air France a piqué du nez lundi, dans la foulée de la démission de son p.-d.g. et après que le gouvernement français eut prévenu que le transporteur aérien pourrait ne pas survivre à la tourmente.

Qui plus est, une nouvelle grève portant sur des questions salariales a entraîné lundi l’annulation d’environ 15 % des vols d’Air France à travers le monde. Il s’agit du 14e débrayage cette année et le nombre de grévistes semble en léger recul, mais ces grèves ont quand même coûté plus de 300 millions d’euros (460 millions de dollars canadiens) à la compagnie depuis quelques semaines. L’action Air France s’est effondrée de près de 10 % à la Bourse de Paris.

Le patron d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, a démissionné vendredi après-midi quand les employés ont rejeté les dernières offres salariales de la partie patronale. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévenu dimanche que le gouvernement français, qui possède une participation de 14 % dans Air France, ne sauvera pas le transporteur aérien. Il a demandé aux pilotes, aux équipages et au personnel de piste en grève d’être « responsables », en prévenant que « la survie d’Air France est en jeu ». Il a ajouté que la compagnie « disparaîtra si elle ne fait pas les efforts de compétitivité nécessaires ».

Les syndicats réclament une hausse salariale de 5,2 % cette année en faisant valoir qu’Air France engrange suffisamment d’argent pour accéder à leurs demandes. Ils soulignent que les salaires sont gelés depuis 2011, pendant que le transporteur aérien coupait des postes et se restructurait.

Air France réplique que les demandes syndicales effaceraient les gains engendrés par cette restructuration, qui visait à effacer des années de pertes. La compagnie a proposé des hausses salariales de 2 % cette année et de 5 % pendant la période 2019-2021.

M. Janaillac a démissionné quand cette offre a été rejetée, en déplorant un « immense gâchis qui ne peut que réjouir nos concurrents ». Le conseil d’administration d’Air France-KLM lui a demandé de demeurer en poste jusqu’au 15 mai.

Inquiétude chez KLM

Modernisation de la flotte d’Air France, développement de Transavia et de Joon, réorganisation de Hop ! : la démission du président d’Air France fige les grands projets du groupe Air France-KLM et suscite de vives inquiétudes chez KLM.

Air France-KLM a redressé ses comptes depuis 2015, bénéficiant de la reprise du trafic aérien dans le monde et de la baisse du kérosène, mais la hausse du baril et le coût de la grève risquent de lui porter un coup d’arrêt en 2018. Plusieurs grands dossiers sont laissés en suspens par le départ du p.-d. g., Jean-Marc Janaillac.

Le plan stratégique, lancé à l’automne 2016 par M. Janaillac avec pour objectif la reconquête du trafic face à la concurrence des compagnies du golfe et des low-cost, s’est traduit par la création de Joon, une compagnie fonctionnant sur des coûts réduits. Ce plan devait permettre d’accroître les recettes et d’améliorer la compétitivité d’Air France. Il doit trouver son prolongement dans un nouveau plan stratégique à cinq ans. Les grandes lignes devaient être présentées en juin, avec l’objectif de réagir face au low cost long-courrier, qui constitue une nouvelle menace pour le groupe.

La compagnie à coûts réduits a commencé ses vols fin novembre sur le moyen-courrier et a commencé à se déployer sur le long-courrier. Les gains de productivité, essentiellement sur le personnel navigant, doivent lui permettre de dégager 130 millions d’euros d’ici 2020 sur des liaisons où la maison-mère perd de l’argent. La compagnie dispose d’une flotte limitée, qui sera de 28 appareils en 2020.

La compagnie franco-néerlandaise doit lancer des appels d’offres pour renouveler une partie de la flotte court et moyen-courrier d’Air France, KLM, Transavia et Hop !, avait annoncé Jean-Marc Janaillac. Il s’agit des avions les plus anciens, mis en service il y a bientôt 20 ans.

Cet appel d’offres devait être lancé avant la fin de l’année. L’accord de 2014 entre la direction et les pilotes autorisait Transavia France à porter sa flotte de 14 à 40 avions pour accompagner sa croissance et fixait les conditions de détachement pour les pilotes d’Air France volontaires pour voler sur la compagnie low-cost. L’extension de la flotte au-delà de 40 appareils prévue en 2020 nécessite l’accord du syndicat des pilotes SNPL d’Air France.

Les résultats de la compagnie court-courrier se sont « fortement » dégradés en 2017. La compagnie, qui opère au départ de l’aéroport parisien d’Orly et de plateformes régionales, est notamment handicapée par le transfert de ses pilotes vers Air France, selon un document interne de la compagnie. Le groupe a prévu un « plan d’action » pour « simplifier et rationaliser » la flotte de sa filiale et « industrialiser sa production ».

Les Néerlandais sont catastrophés par la tournure des événements chez Air France. Les pertes du groupe au premier trimestre sont exclusivement dues à la compagnie tricolore. La compagnie franco-néerlandaise affiche une perte d’exploitation de 118 millions d’euros : Air France perd 178 millions quand KLM affiche un bénéfice d’exploitation de 60 millions. La grève a pesé à hauteur de 75 millions. Selon François Robardet, administrateur Air France-KLM, il est « techniquement, commercialement et financièrement impossible d’obtenir la fin du groupe Air France-KLM. Par contre, en raison de ses meilleurs résultats, KLM pourrait demander d’augmenter son activité au détriment d’Air France. »