Les économistes exhortent Trump à ne pas répéter les erreurs du passé

«Le Congrès n’avait pas pris en compte le conseil des économistes en 1930 et les Américains en avaient payé le prix à travers le pays», écrit la National Taxpayers Union.
Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press «Le Congrès n’avait pas pris en compte le conseil des économistes en 1930 et les Américains en avaient payé le prix à travers le pays», écrit la National Taxpayers Union.

Le protectionnisme occupe le premier rang de la liste des préoccupations des économistes. Aux États-Unis, plus de 1100 d’entre eux, dont des Prix Nobel et des proches des républicains, ont répété l’exercice du 3 mai 1930 et exhorté Donald Trump à faire marche arrière.

Selon les résultats d’un sondage par Internet réalisé par l’Association des économistes québécois auprès de ses membres et publiés jeudi, 62 % des 126 répondants se disent préoccupés par la montée du protectionnisme, qu’ils voient comme un frein à la croissance économique. Et peu favorisent l’affrontement direct. Ils sont 61 % à affirmer que la meilleure réponse du Canada consiste à diversifier ses marchés d’exportation. Et 26 % croient qu’« il faut plutôt privilégier le recours aux mécanismes d’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce et de l’Accord de libre-échange nord-américain », peut-on lire dans le résumé de l’Association.

Pour le Québec, 47 % des répondants estiment que l’économie doit miser sur ses grands pans structurants que sont les industries de l’aéronautique, de l’intelligence artificielle et du multimédia pour tirer son épingle du jeu dans un contexte de mondialisation et de montée du protectionnisme. « Dans une proportion moindre, les économistes consultés s’en remettent plutôt à la qualité de la main-d’oeuvre (21 %) et aux avantages que représentent l’énergie et les ressources naturelles (17 %). » À l’opposé, 40 % des économistes ayant répondu au sondage relèvent la faiblesse de la productivité comme étant le principal défi de l’économie québécoise.

Donald Trump

Les résultats de ce sondage sont publiés un 3 mai, journée symbolique pour eux. Du moins, plus de 1100 économistes américains, dont une quinzaine de Prix Nobel, ont signé une lettre du lobby américain NTU dénonçant la politique protectionniste de Donald Trump et exhortant le Congrès et la Maison-Blanche à ne pas répéter les erreurs du passé. Cette lettre, rendue publique par NTU (National Taxpayers Union), a été remise à l’exécutif américain jeudi.

Les économistes, dont Richard Thaler, Prix Nobel 2017, et Edmund Phelps, Prix Nobel 2006, mais aussi des anciens conseillers du président républicain de George W. Bush (Harvey Rosen, Wendy Gramm) ou encore le directeur du budget du républicain Ronald Reagan, ont choisi le 3 mai, une date retenue en 1930 par d’autres économistes pour demander au Congrès de rejeter alors la loi Smoot-Hawley. Cette loi américaine avait promulgué une hausse des droits de douane sur quelque 20 000 produits et suscité des représailles des partenaires commerciaux des États-Unis, aggravant les ravages de la Grande Dépression.

« Le Congrès n’avait pas pris en compte le conseil des économistes en 1930 et les Américains en avaient payé le prix à travers le pays », écrit NTU. Et de citer la lettre du 3 mai 1930, toujours d’actualité : « Nous sommes convaincus que relever les droits de douane serait une erreur. Cela conduirait en général à une augmentation des prix qui seraient payés par les consommateurs américains. »

Une guerre commerciale que les Européens n’ont pas manqué de soulever, eux qui disposent d’un sursis d’un mois avant l’application de sanctions douanières et tarifaires sur l’acier et l’aluminium. L’exécutif européen a réitéré jeudi la vulnérabilité de la zone euro, l’Allemagne en tête. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, soutient que le risque le plus grand qui pèse sur les perspectives économiques est le protectionnisme, « qui ne doit pas devenir la nouvelle normalité ». Comme l’avait fait la veille le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, il a mis en garde les États-Unis contre toute forme d’« escalade ».