Bombardier est sur la bonne voie, affirme Laurent Beaudoin

Laurent Beaudoin (à droite), entouré de son épouse, Claire, et d’Alain Bellemare
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Laurent Beaudoin (à droite), entouré de son épouse, Claire, et d’Alain Bellemare

Après avoir consacré 55 ans de sa vie au développement de Bombardier, Laurent Beaudoin a quitté le conseil d’administration de l’entreprise jeudi en estimant qu’elle est résolument sur la bonne voie malgré la tourmente des dernières années.

Gendre du fondateur Joseph-Armand Bombardier, M. Beaudoin, qui a poussé l’entreprise vers le matériel roulant dans les années 1970 et l’aéronautique dans les années 1980, a dit qu’il était temps de partir et que le partenariat avec Airbus, qui aura bientôt le contrôle de la CSeries, allait permettre de donner de l’élan au programme.

« Il y a eu une période difficile au cours des dernières années, mais je suis content de voir que, présentement, on regarde encore vers la croissance. Je quitte [mes fonctions] réellement au bon moment », a dit M. Beaudoin lors d’une brève mêlée de presse en marge d’une assemblée au cours de laquelle les actionnaires lui ont réservé une longue ovation.

Laurent Beaudoin, dont le fils Pierre est président du conseil, part au moment où Bombardier mise beaucoup sur la force de frappe d’Airbus en matière de vente et de service afin de stimuler les commandes pour les appareils CSeries, un avion de 100 à 150 sièges longtemps présenté comme l’avenir de la compagnie.

Marqué par des dépassements de coûts et des retards, le programme a été cédé à Airbus à l’automne 2017, non sans soulever la controverse au sein de la classe politique et dans la société civile en raison de l’injection d’un milliard de dollars consentie par Investissement Québec. D’ici la fin de juin, le géant européen détiendra un peu plus de 50 % du programme.

Le programme CSeries a récolté plus de 370 commandes. Sur une période de 20 ans, le marché potentiel dans le monde entier est estimé à 6000 appareils, dont Bombardier et Airbus croient pouvoir aller chercher une bonne partie.

« Si tout avait été normal, on aurait préféré le garder, a dit M. Beaudoin. Mais je pense que l’association avec Airbus donne un potentiel plus grand à notre CSeries. »

Lors de son allocution devant les actionnaires, le président de Bombardier, Alain Bellemare, a dit que la présence d’Airbus dans le décor « créera une valeur formidable », car les clients « bénéficieront de la taille et de la portée » de la société européenne.

En parallèle, la compagnie contrôlée par la famille Bombardier-Beaudoin a des décisions à prendre au sujet des options qui s’offrent à elle, comme le désendettement et l’investissement dans de nouveaux produits, a dit M. Bellemare en conférence de presse. La dette à long terme de l’entreprise se chiffre à 9,2 milliards.

Importante commande

Alors qu’une grosse partie de ses efforts porte sur la famille CSeries, Bombardier a annoncé jeudi matin un important contrat pour celle des CRJ, les avions régionaux assemblés à Mirabel qui ont fait le succès de l’entreprise dans les années 1990.

L’entente avec le transporteur American Airlines porte sur une commande ferme de 15 appareils CRJ900, dont l’intérieur a été refait à la demande de certains transporteurs, de même que sur une option pour 15 autres, l’ensemble du contrat se chiffrant à 719 millions $US selon les prix au catalogue.

Aux yeux des syndiqués, il s’agit d’une « excellente nouvelle » qui va « nous fournir du travail pour un bon bout de temps », selon le coordonnateur québécois des Machinistes, David Chartrand.

L’annonce du contrat a été faite en marge de la publication des états financiers de Bombardier, qui se trouve maintenant à mi-chemin d’un ambitieux plan de redressement amorcé en 2015, à une époque où l’entreprise était au bord de la faillite.

La bonne tenue de sa division de matériel roulant et des avions d’affaires au cours du premier trimestre de 2018 a permis à Bombardier d’augmenter ses revenus de 12 %, à 4 milliards. L’entreprise a enregistré un bénéfice net de 44 millions, comparativement à 6 millions l’an dernier à pareille date.

Par ailleurs, Bombardier a vendu sa propriété de Downsview, en Ontario, pour 635 millions à l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (Investissements PSP). Basé à Montréal, PSP gère notamment les caisses de retraite des fonctionnaires fédéraux et des forces armées.

L’entreprise n’utilise que 10 % d’un site de 150 hectares situé à Downsview, « alors que nous assumons la totalité du coût d’exploitation d’une piste d’atterrissage d’environ 2000 mètres», a dit M. Bellemare.

Outre le chapitre Airbus, la dernière année de Bombardier a été marquée par sa victoire retentissante à Washington, où un tribunal n’a pas retenu la plainte de Boeing. La compagnie américaine a par la suite refusé d’exclure de nouvelles procédures contre son concurrent québécois.

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a progressé de 1,8 % à 4,00 $.

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