Le nouveau patron de la famille CSeries se veut rassurant

«On pense qu’il y a du potentiel pour réduire les coûts du programme CSeries», a indiqué Philippe Balducchi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «On pense qu’il y a du potentiel pour réduire les coûts du programme CSeries», a indiqué Philippe Balducchi.

Le haut dirigeant d’Airbus choisi pour prendre les commandes du programme CSeries veut se faire rassurant sur les réductions de coûts recherchées et sur la relation avec les actuels fournisseurs de Bombardier.

Lors d’une première rencontre avec la presse montréalaise, Philippe Balducchi, responsable de la performance de la division des avions commerciaux chez Airbus, n’a pas caché qu’une des priorités sera de contrôler les coûts de production, mais que cela irait de pair avec une hausse de la cadence de livraison des appareils.

« Il n’y a pas de raison pour les fournisseurs d’être inquiets », a affirmé M. Balducchi. « Certainement, nous leur demanderons des efforts sur leur prix de vente auprès du programme CSeries », a-t-il ajouté, en insistant toutefois sur l’hypothèse que l’arrivée d’Airbus permettra de dynamiser la commercialisation des avions, et donc d’augmenter les volumes pour tous les partenaires, y compris les fournisseurs.

Du coup, M. Balducchi, qui habite Toulouse mais est en train de déménager au Québec, renforce des propos tenus au mois de mars par le directeur des achats d’Airbus, Klaus Richter, lors d’un point de presse avec le premier ministre Philippe Couillard lors de sa mission en France.

« On pense qu’il y a du potentiel pour réduire les coûts du programme CSeries », a indiqué M. Balducchi. Invité à dire si l’entreprise irait voir les fournisseurs avant la réception de commandes ou après, il a répondu que « ça dépendra ». « Il y a certainement des fournisseurs que nous irons voir très vite. D’autres pour lesquels nous aurons besoin d’avoir un niveau de commandes qui vont arriver. Mais de manière générale, nous irons très vite les voir. »

Bombardier est « un gros fournisseur » du programme CSeries et « participe également à cet effort-là », a ajouté M. Balducchi.

Intégration

Airbus compte actuellement environ 200 employés qui travaillent sur l’intégration du programme au sein de ses propres activités. Ceux-ci sont répartis dans plusieurs secteurs, par exemple les finances, les communications, la production et les ressources humaines.

Le géant européen a annoncé à l’interne la composition de l’équipe de direction de 12 personnes qui se chargeront du programme CSeries après la conclusion définitive de la transaction. « C’est un mélange de personnes d’Airbus et de Bombardier », a dit M. Balducchi. Alors que le responsable commercial viendra d’Airbus, par exemple, ceux des finances et des ressources humaines seront de Bombardier.

La vente des appareils CSeries se fera par l’entremise du réseau d’Airbus, ce que Bombardier a décrit comme un facteur clé de l’entente lorsque les deux ont annoncé la cession du programme à l’automne 2017.

Miné par des retards et des dépassements de coûts qui ont acculé Bombardier à la faillite en 2015, le programme CSeries a jusqu’ici récolté des commandes pour 372 avions, dont 31 ont été livrés. Le marché potentiel pour les appareils de 100 à 150 sièges se chiffrerait autour de 6000 exemplaires sur 20 ans dans le monde, et Airbus croit pouvoir aller « en capturer une bonne partie ».

En guise de comparaison, le grand succès d’Airbus, la famille d’appareils monocouloirs A320, s’est écoulé à plus de 8000 exemplaires depuis sa mise en vente.

Les règles empêchent Airbus de commercialiser activement les appareils CSeries, car la transaction n’a pas encore été conclue, mais M. Balducchi a dit qu’« il y a de l’intérêt » dans le marché des acheteurs potentiels.

Airbus compte toujours mettre sur pied une ligne additionnelle à son établissement de Mobile, en Alabama, pour y assembler des appareils CSeries. Cet investissement de 300 millions proviendra des coffres de Bombardier.

Bombardier présentera jeudi ses états financiers pour l’année 2017 et tiendra son assemblée annuelle, une occasion pour les actionnaires d’interroger la direction sur les prochaines étapes, notamment dans le secteur du matériel roulant.

Airbus a aussi profité de la rencontre avec la presse pour présenter ses activités canadiennes. Selon Simon Jacques, président d’Airbus Défense et d’Espace Canada, la compagnie compte environ 1000 employés et dit effectuer des achats annuels d’un milliard auprès des fournisseurs, dont 50 % au Québec.