Bois d’œuvre: un programme d’aide salué mais inutilisé

Le prix du bois d’oeuvre résineux dans l’est du marché américain est actuellement de 733$ par millier de pieds-planche, en forte hausse par rapport à un peu plus de 550$ en avril 2017.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le prix du bois d’oeuvre résineux dans l’est du marché américain est actuellement de 733$ par millier de pieds-planche, en forte hausse par rapport à un peu plus de 550$ en avril 2017.

Le programme d’aide financière mis sur pied par Québec pour appuyer les entreprises touchées par les sanctions américaines sur le bois d’oeuvre n’a reçu aucune demande depuis sa création en avril 2017, selon des documents transmis à la suite d’une demande d’accès à l’information.

La forte hausse des prix du bois sur le marché américain, où la demande de la part des constructeurs résidentiels continue d’augmenter, a visiblement permis aux exportateurs québécois d’esquiver l’impact financier des droits compensateurs et antidumping.

Immédiatement saluée par l’industrie et les syndicats, l’aide de Québec dévoilée à la fin du mois d’avril 2017 prévoyait des prêts et des garanties de prêts pour les quelque 180 entreprises potentiellement touchées par les droits punitifs des États-Unis. Le gouvernement estimait que l’impact global pouvait atteindre 300 millions.

Or, depuis ce temps, le prix du bois d’oeuvre sur le marché américain n’a cessé de grimper.

« Au début de 2017, on n’aurait jamais pu s’attendre à ce que la situation se déroule comme ça », a dit en entrevue la directrice des affaires publiques du producteur EACOM, Christine Leduc. La compagnie, dont 50 % du bois est exporté aux États-Unis, possède deux usines de sciage au Québec et cinq autres en Ontario. Elle paie des droits de 20,23 % à la frontière américaine.

« Les conditions actuelles du marché sont très fortes », a ajouté Mme Leduc. Le gouvernement du Québec a bien fait en mettant sur pied une aide rapidement mais, « en ce moment, on n’a pas vraiment un besoin ». Cependant, même si le marché américain doit demeurer robuste en 2018, « on ne sait pas ce qui pourrait arriver en 2019 et 2020 », a-t-elle prévenu.

Le prix du bois d’oeuvre résineux dans l’est du marché américain est actuellement de 733 $ par millier de pieds-planche, en forte hausse par rapport à un peu plus de 550 $ en avril 2017, selon le ministère canadien des Ressources naturelles. Cette tendance déplaît profondément à la National Association of Home Builders, aux États-Unis, qui craint que le conflit du bois d’oeuvre s’étire sans règlement.

Les droits compensateurs et antidumping imposés par Washington l’ont été à la demande des producteurs américains, qui accusent leurs homologues canadiens de bénéficier d’avantages déloyaux en raison des régimes forestiers en vigueur au Canada.

Volets du programme

Le programme annoncé par Québec en avril 2017 a été constitué comme un des volets du programme ESSOR, géré par Investissement Québec et le ministère du Développement économique.

Ce programme, qui a vu le jour au début des années 2010 et vise notamment le secteur manufacturier, a pour objectif d’appuyer les entreprises qui souhaitent investir pour accroître leur productivité et leur compétitivité, par exemple en acquérant de nouveaux équipements ou en diversifiant leurs activités.

Le volet visant à combattre la menace américaine « permet de soutenir, pour une période limitée, le fonds de roulement des entreprises admissibles afin qu’elles puissent poursuivre leurs activités d’exportation », peut-on lire sur le site Internet du ministère du Développement économique.

« Le ministère n’a reçu aucune demande en date de votre requête », a répondu le ministère dans sa réponse au Devoir.

Le programme ESSOR comporte aussi un volet intitulé « Appui aux projets d’investissement – Entreprises d’exploitation forestière ». Dans le cadre de celui-ci, le ministère dit avoir reçu les demandes de deux entreprises au cours de la période allant d’avril 2017 à mars 2018. La première entreprise a reçu une réponse favorable prenant la forme d’une garantie de prêt pouvant atteindre 186 750 $. La deuxième demande est encore à l’étude.