Le salaire minimum québécois tient la comparaison

Les jeunes de 15 à 24 ans rémunérés au salaire minimum sont en augmentation constante, selon l’Institut de la statistique du Québec. 
Photo: Juan Monino Getty Images Les jeunes de 15 à 24 ans rémunérés au salaire minimum sont en augmentation constante, selon l’Institut de la statistique du Québec. 

Il faut noter une accentuation de la surreprésentation dans certains secteurs, mais dans l’ensemble, l’image du travailleur au salaire minimum a peu changé au Québec en 20 ans. Et le Québec tient la comparaison avec sa rémunération de base même s’il ne cible pas les 15 $ l’heure.

Le salaire minimum au Québec passe de 11,25 $ à 12 $ l’heure mardi, le gain de 75 ¢ se voulant le plus important depuis 1997. Le Québec passera ainsi au troisième rang parmi les provinces, au quatrième en juin prochain, étant dépassé par l’Ontario (14 $), par l’Alberta (13,60 $) puis par la Colombie-Britannique (12,65 $) le mois prochain.

Il faut souligner que l’Alberta et l’Ontario ont retenu la cible des 15 $ l’heure, dès octobre 2018 pour la première, dès janvier 2019 pour la seconde. En Colombie-Britannique, cette barre devrait être dépassée en 2021.
 

Pour sa part, le Québec ne s’est pas donné une telle cible, retenant plutôt l’objectif d’un ratio équivalant à 50 % du salaire horaire moyen, sans l’excéder, en 2020.

 



Se penchant sur l’écart actuel, Luc Godbout, professeur titulaire et chercheur principal, et Suzie St-Cerny, professionnelle de recherche de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, ont mesuré l’impact de la hausse sur le revenu disponible de six types de ménage.

Revenu disponible en hausse
Ils arrivent au constat que « tous les ménages analysés verront leurs revenus disponibles croître entre 2017 et 2018, d’un montant allant de 883 $ pour une personne seule à 1533 $ pour un couple avec deux enfants et deux revenus. Il s’agit d’une variation minimale de 3,2 % pour le couple avec enfants, à un maximum de 4,7 % pour le couple sans enfant où un seul conjoint travaille au salaire minimum à temps plein. » Aussi, le taux de couverture de la mesure du panier de consommation augmentera entre 2 et 4 points de pourcentage.

Les résultats ont également été opposés à ceux des ménages équivalents vivant en Alberta, en Ontario et en Colombie-Britannique. Dans ce jeu des comparaisons interprovinciales, « le coût de la vie plus bas et le système d’impôt et de transferts au Québec font en sorte que la charge fiscale nette est dans tous les cas considérée ici la plus basse. »

Finalement, le Québec a le taux de couverture de la mesure du panier de consommation le plus élevé dans quatre cas sur six. « Dans les deux autres cas (personne seule et couple sans enfant avec deux revenus), la position du Québec n’est pas la dernière malgré le salaire minimum horaire plus bas », peut-on lire.

Portrait du travailleur

De son côté, en ce 1er mai, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a dressé un petit portrait de ce travailleur qui, de mai 1997 à mai 2018, a vu son salaire minimum croître de 5,30 $, ou de 79 %. Sur cette période de 20 ans, ils étaient 60 000 personnes de plus dans cette situation, avec aujourd’hui 230 000 personnes rémunérées au salaire minimum. Mais la part de ces travailleurs dans l’emploi total demeure inchangée, à environ 6 %.

Ce qui n’a pas changé également est le fait que le travail au salaire minimum en 2017 concerne davantage les femmes, les jeunes de 15 à 24 ans, les personnes vivant seules, les personnes sans enfant de moins de 18 ans, les non-syndiqués, les travailleurs permanents, les employés dans les établissements de moins de 20 employés, les travailleurs dans le secteur de la production des services et, surtout, ceux qui sont dans l’industrie du commerce ainsi que dans celle de l’hébergement et des services de restauration.

Ce qui a changé toutefois entre 1997 et 2017 est la surreprésentation des jeunes de 15 à 24 ans, leur part dans l’emploi au salaire minimum passant de 52 à 60 %. « D’ailleurs, un des changements les plus marqués au cours des 20 dernières années dans la composition de l’emploi au salaire minimum a trait au statut d’étudiant », retient l’ISQ. « La part des étudiants dans l’emploi total a peu varié (autour de 10 %), mais dans l’emploi au salaire minimum, elle passe de 33 % en 1997 à 51 % en 2017. »

Par industrie, l’ISQ mesure une concentration accentuée de l’emploi au salaire minimum dans certains secteurs des services. C’est notamment le cas dans l’industrie du commerce, où la part est passée de 29 % à un peu plus de 40 %, alors que le poids de cette industrie dans l’emploi total a peu changé.