Les Québécois estiment qu’ils payent trop d’impôts

Il semble que 70% de Québécois estiment que leurs impôts sont «plutôt mal» (48%), voire «très mal» (22%) «administrés et dépensés par le gouvernement», révèle le sondage CROP.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il semble que 70% de Québécois estiment que leurs impôts sont «plutôt mal» (48%), voire «très mal» (22%) «administrés et dépensés par le gouvernement», révèle le sondage CROP.

La principale raison pour laquelle autant de Québécois estiment payer trop d’impôts est leur impression que les gouvernements gèrent mal leur argent, conclut une étude.

Globalement, presque les deux tiers des Québécois (63 %) pensent payer trop d’impôts compte tenu de l’ensemble des services gouvernementaux offerts, contre environ un tiers (35 %) qui estiment leur fardeau fiscal équitable et seulement 2 % qui jugent qu’ils pourraient contribuer plus encore, rapporte une étude de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dévoilée vendredi et basée sur un sondage CROP. Ces proportions étaient déjà sensiblement les mêmes lorsqu’on avait posé la même question en 2005, note Luc Godbout, professeur et coauteur de l’étude, avec le politologue Jean-Herman Guay et le chercheur Antoine Genest-Grégoire.

On pourrait croire (à raison) que cette opinion est plus forte chez les contribuables qui payent objectivement plus d’impôts ou qui sont moins susceptibles de bénéficier des services de l’État. Comme le genre et la scolarité des répondants ne semblent pas avoir d’impact sur les résultats, l’étude illustre l’effet des autres variables à partir de l’exemple des réponses obtenues auprès des femmes avec un diplôme collégial ou professionnel. On observe ainsi un écart de 14 points de pourcentage entre celles qui disposent d’un revenu annuel de plus de 150 000 $, qui estiment à 78 % payer trop d’impôts, et celles qui gagnent entre 20 000 et 40 000 $ par année, où cette proportion tombe à 64 %.

À revenu égal (entre 40 000 et 60 000 $), les femmes qui n’ont pas d’enfant se montrent également plus critiques (67 %) que celles qui sont susceptibles de recevoir plus de services de l’État parce qu’elles en ont (60 %). La même logique liée à l’aide de l’État semble aussi s’appliquer aux écarts entre les groupes d’âge, les femmes sans enfants de 25 à 64 ans se révélant, en effet, plus critiques (67 %) que celles qui, âgées de moins de 24 ans ou de plus de 65 ans, pourraient encore être aux études ou être à la retraite (57 %).

Perception de mauvaise gestion

Ces facteurs explicatifs liés aux caractéristiques « objectives » des contribuables québécois se révèlent toutefois moins importants que la perception « subjective » qu’ils ont de la compétence de leurs gouvernements à bien gérer les fonds publics, rapporte l’étude.

Il semble, en effet, que 70 % de Québécois estiment que leurs impôts sont « plutôt mal » (48 %), voire « très mal » (22 %) « administrés et dépensés par le gouvernement », révèle le sondage CROP, contre moins d’un tiers qui pensent que cela se fait « plutôt bien » (27 %) et même « très bien » (3 %). « Ces proportions n’ont pas vraiment changé, elles non plus, par rapport à 2005 », a expliqué Luc Godbout en entretien téléphonique au Devoir.

Les auteurs de l’étude ont tenté de cerner la nature de cette mauvaise gestion dans l’esprit du public. Pensez-vous que les gouvernements perdent de l’argent à cause de la corruption des fonctionnaires et des politiciens ? ont-ils demandé. « Oui, beaucoup » (68 %) ou « oui, un peu » (26 %), leur a-t-on essentiellement répondu. Pensez-vous que les gouvernements perdent de l’argent à cause de l’évasion ou de l’évitement fiscal ? « Oui, beaucoup » (65 %) ou « oui, un peu » (28 %), leur a-t-on encore surtout dit. Pensez-vous que les gouvernements perdent de l’argent à cause de dépenses inutiles ? a-t-on aussi demandé, essayant de ratisser plus large. « Oui, beaucoup » (76 %) et « oui, un peu » (21 %), a répété tout le monde, sauf 4 % des répondants.

« Notre étude ne vise pas à vérifier si cette perception de mauvaise gestion est fondée ou pas, précise Luc Godbout. Elle cherche à mesurer son influence sur le sentiment que les impôts seraient trop élevés. »

Le lien entre ces deux sentiments semble fort, en effet. Dans certains groupes, la proportion de répondants estimant payer trop d’impôts peut ainsi bondir de 37 % à 66 % ou de 45 % à 73 % s’ils pensent que les fonds publics sont bien ou mal gérés.

Penchant partisan

Ce n’est pas la seule variable qui peut avoir un lien marqué avec la perception de mauvaise gestion des fonds publics, observent les auteurs de l’étude. Cette perception semble dépendre aussi du penchant partisan des répondants. L’impression de mauvaise gestion peut, en effet, dans certains cas, varier de presque 30 points de pourcentage entre ceux qui appuient le parti politique au pouvoir (30 %) et ceux qui ont d’autres allégeances politiques (56 %).

Réalisé au mois de janvier, le sondage CROP se base sur 1000 répondants. Un tel échantillon permettrait normalement de lui attribuer une marge d’erreur de 3 %, 19 fois sur 20, ont expliqué les auteurs de l’étude, mais comme l’enquête a été réalisée au moyen d’un panel Web, ce test statistique ne peut pas être effectué par les moyens ordinaires.