Agriculture: l’analyse du modèle Pangea ne met pas fin au débat

L’analyse du modèle d’affaires de la société conclut qu’«une étude plus approfondie serait nécessaire pour déterminer si Pangea a réellement un effet à la hausse sur la valeur des terres agricoles».
Photo: iStock L’analyse du modèle d’affaires de la société conclut qu’«une étude plus approfondie serait nécessaire pour déterminer si Pangea a réellement un effet à la hausse sur la valeur des terres agricoles».

Après avoir analysé le modèle de l’entreprise agricole Pangea pendant près d’un an pour savoir s’il correspond au « modèle québécois », le ministère de l’Agriculture (MAPAQ) est toujours incapable de déterminer si cette société controversée fait grimper la valeur des terres agricoles, comme le dénonce l’Union des producteurs agricoles. Le ministre Laurent Lessard promet maintenant une autre étude pour faire la lumière sur cet enjeu.

Le gouvernement du Québec a dévoilé jeudi le rapport que le ministre Lessard avait réclamé à la suite de l’investissement de 20 millions de dollars de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du Fonds de solidarité FTQ dans Pangea, qui avait été révélé il y a un an par Le Devoir.

L’analyse du modèle d’affaires de Pangea produite par le MAPAQ en collaboration avec la Financière agricole du Québec conclut qu’« une étude plus approfondie serait nécessaire pour déterminer si Pangea a réellement un effet à la hausse sur la valeur des terres agricoles ».

« Il s’agit de l’enjeu principal puisqu’en présence d’un tel effet, Pangea pourrait nuire à l’accès à sa propriété par la relève et à l’expansion des fermes existantes », souligne-t-on.

Le MAPAQ écrit par ailleurs que le modèle d’affaires de Pangea, qui achète des terres et s’associe à des agriculteurs locaux pour créer une société de production agricole, peut être intéressant pour certains producteurs.

Nouvelle étude

Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, a réagi au rapport par voie de communiqué en soufflant le chaud et le froid. Il reconnaît que le modèle de Pangea est légal et qu’il répond aux besoins de certains agriculteurs, mais il juge que l’approche de l’entreprise « n’est pas un exemple d’agriculture traditionnelle et familiale ».

« La structure de Pangea n’ayant pas été éprouvée à long terme, j’entends suivre de près l’évolution de l’effet des interventions des fonds d’investissement sur les marchés fonciers agricoles du Québec », a-t-il déclaré, en précisant qu’il commandera une nouvelle étude à son ministère pour déterminer si « les fonds d’investissement tels que Pangea » font grimper la valeur des terres agricoles.

« Je tiens à mentionner que nous ne souhaitons pas le développement d’une agriculture de locataires », a ajouté le ministre, sans indiquer clairement s’il estime que l’approche de Pangea correspond ou non au « modèle québécois ». Il a refusé la demande d’entrevue du Devoir.

Un rapport qui « passe à côté »

Selon le président de l’UPA, Marcel Groleau, le rapport du MAPAQ « passe à côté de l’essentiel ». « On n’a pas cherché à aller assez loin pour voir l’impact du modèle [Pangea] et surtout voir l’impact de l’investissement de la Caisse de dépôt et du Fonds de solidarité sur le modèle agricole québécois. »

À son avis, le ministre Lessard s’éloigne du véritable problème en demandant maintenant une étude sur la hausse de la valeur des terres. « Le fait que les producteurs n’aient pas les mêmes moyens que Pangea, qui est appuyé par la Caisse et le Fonds de solidarité, demeure entier », insiste-t-il.

Le cofondateur de Pangea Serge Fortin estime pour sa part que le rapport est « factuel » et qu’il permet de « remettre certaines pendules à l’heure », notamment en ce qui concerne la relation entre Pangea et les agriculteurs. « Peut-on passer à l’action maintenant ? » lance-t-il.

M. Fortin réitère que Pangea n’a aucune intention de faire monter le prix des terres agricoles. « Pourquoi je voudrais faire monter le prix des terres, alors que je suis en activité ? dit-il. La logique ne tient pas, ce n’est pas rationnel. »

À qui la faute ?

Le rapport du MAPAQ indique que Pangea est actuellement copropriétaire de huit sociétés de production agricoles au Québec, lesquelles exploitent plus de 8000 hectares de terres. L’objectif de l’entreprise est de créer un maximum de 20 sociétés de production dans la province pour atteindre environ 20 000 hectares, ce qui correspondrait alors à 0,57 % de l’ensemble des superficies exploitées au Québec. Si les fondateurs de l’entreprise atteignent leur but, Pangea deviendrait le plus important propriétaire de terres agricoles de la province.

L’UPA fait valoir que Pangea a grandement contribué à la hausse de la valeur des terres agricoles, particulièrement au Saguenay–Lac-Saint-Jean en 2013 (+27 %) et en 2014 (+42 %). Le MAPAQ retient plutôt que l’augmentation de la valeur des terres dans cette région s’est chiffrée à 16,5 % entre 2013 et 2016, alors que la hausse a été de 15,3 % pour la même période à la grandeur du Québec.

« Il est impossible de confirmer, à l’aide des informations que le MAPAQ a en sa possession, que cette hausse du prix des terres agricoles est influencée par Pangea », note le rapport.