Ottawa de moins en moins pressé de privatiser les aéroports

La valeur d’Aéroports de Montréal était estimée entre 1,3 et 2,9 milliards, selon une étude publiée par l’institut C.D. Howe l’an dernier.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La valeur d’Aéroports de Montréal était estimée entre 1,3 et 2,9 milliards, selon une étude publiée par l’institut C.D. Howe l’an dernier.

Le gouvernement Trudeau a mis en veilleuse l’examen d’une éventuelle privatisation des aéroports, à laquelle s’opposent vivement certaines autorités aéroportuaires et des lignes aériennes, sans toutefois indiquer ce qui motive cette décision.

Un an et demi après avoir retenu les services de Crédit Suisse pour évaluer la vente de ces infrastructures, Ottawa a récemment affirmé à des dirigeants d’aéroports que l’analyse des options et des retombées ne figure plus dans les priorités.

Invitée à préciser les motifs de cette décision, éventée par le Globe and Mail ce week-end, l’attachée de presse du ministre des Transports, Marc Garneau, a simplement répondu mercredi que « le ministre a bel et bien rencontré le Conseil des aéroports et leur a dit que, pour le moment, l’examen de la privatisation par le gouvernement ne sera pas activement étudié ».

Le sort des aéroports, dont la vente à des investisseurs institutionnels aurait pu apporter des milliards dans les coffres du gouvernement fédéral, était l’un des grands absents du dernier budget Morneau. Les dernières grandes privatisations remontent aux années 1980 et 1990, particulièrement intenses à ce chapitre, pendant lesquelles le fédéral a vendu pour 7,5 milliards de sociétés de la Couronne.

« La privatisation est une fraude qui menace la sécurité et le service des aéroports canadiens », a affirmé en début de semaine le président du syndicat Unifor, Jerry Dias. « Les aéroports sont trop importants pour être laissés aux expériences de privatisation avec le secteur privé. »

Dans une étude publiée par l’institut C.D. Howe l’an dernier, on estimait qu’Ottawa pourrait en principe empocher entre 7,2 milliards et 16,6 milliards de dollars. La valeur d’Aéroports de Montréal était estimée entre 1,3 et 2,9 milliards.

En vertu de la loi fédérale, les aéroports sont gérés par des organismes sans but lucratif qui versent à Ottawa un loyer pour l’usage des terrains.

Se disant favorable à l’examen des différentes options, la direction d’Aéroports de Montréal (ADM), un organisme sans but lucratif, a affirmé en 2016 qu’un processus de privatisation lui donnerait accès à du capital permanent. « Tous nos financements viennent des émissions de dette », avait dit au Devoir son patron de l’époque, James Cherry. « C’est bien beau quand les taux d’intérêt sont très bas, et nous avons été chanceux que les taux aient été relativement stables pendant 15 ans, mais que va-t-il arriver quand les taux d’intérêt vont augmenter de façon importante ? »

Protéger le service aux passagers

« Bien qu’ADM ait toujours été ouvert à ce que le modèle canadien de gestion des aéroports soit mis à l’étude et analysé par le gouvernement, sa position quant à la privatisation demeure inchangée », a dit la direction des affaires publiques dans un bref courriel transmis mercredi. « Un éventuel changement dans le modèle ne doit pas se faire au détriment de la qualité des services offerts aux passagers ou se traduire par une augmentation des coûts pour ceux-ci. »

Le Conseil des aéroports du Canada n’est « pas engagé dans le débat », car ses membres ont des opinions « très partagées », a-t-il indiqué.

Aux yeux du Conseil national des lignes aériennes du Canada, l’abandon du plan de privatisation est une « bonne nouvelle pour les voyageurs », a affirmé sur Twitter le président de l’organisme, Massimo Bergamini.

Selon le président d’Air Canada, Calin Rovinescu, la privatisation aurait pour conséquence d’augmenter les frais et ceux-ci seraient refilés aux passagers, a-t-il écrit dans le Globe and Mail en décembre 2016. « Il y a quelque chose d’ironique dans le fait qu’Air Canada, une ancienne société de la Couronne qui célébrera 30 ans de privatisation en 2018, s’inscrive fermement contre la privatisation des aéroports canadiens — des infrastructures publiques dans lesquelles des transporteurs comme Air Canada ont investi des milliards pour qu’elles se développent. » Contactée mercredi, l’entreprise a dit qu’elle n’avait pas de commentaires à formuler.